L’ENSEIGNEMENT DE PAUL VI

1974

 

 

III. DOCUMENTS PONTIFICAUX

 

2 février : EXHORTATION APOSTOLIQUE DE S.S. LE PAPE PAUL VI SUR LE CULTE DE LA VIERGE MARIE

25 mars : EXHORTATION APOSTOLIQUE DE S.S. LE PAPE PAUL VI SUR LES BESOINS ACCRUS DE L’EGLISE EN TERRE SAINTE

23 mai : BULLE D’INDICTION « APOSTOLORUM LIMINA » DE L’ANNÉE SAINTE

8 décembre : EXHORTATION APOSTOLIQUE DE S.S. LE PAPE PAUL VI SUR LA RÉCONCILIATION À L’INTÉRIEUR DE L’ÉGLISE

 

 

 

III. DOCUMENTS PONTIFICAUX

 

 

 

2 février

EXHORTATION APOSTOLIQUE DE S.S. LE PAPE PAUL VI SUR LE CULTE DE LA VIERGE MARIE

 

Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique

 

Depuis que Nous avons été élevé au siège de Pierre, Nous nous sommes constamment efforcé d’intensifier le culte marial, non seulement pour répondre au sentiment de l’Eglise et à notre inclination personnelle, mais aussi parce que ce culte, comme on le sait, tient une place très noble dans l’ensemble du culte sacré, où se rencontrent le faîte de la sagesse et le som­met de la religion et qui constitue donc une tâche primordiale du Peuple de Dieu.

C’est justement en vue d’une telle tâche que Nous avons sans-cesse aidé et encouragé la grande œuvre de la réforme liturgique promue par le Concile Œcuménique Vatican II, et ce n’est certes pas sans un dessein particulier de la divine Providence que le premier document conciliaire que, en union avec les vénérables. Pères, Nous avons approuvé et signé « dans l’Esprit Saint » fut la Constitution Sacrosanctum Concilium, qui se proposait préci­sément de restaurer et de développer la liturgie, en rendant plus bénéfique la participation des fidèles aux mystères divins. De­puis lors, bien des actes de notre pontificat ont eu pour but l’amélioration du culte rendu à Dieu, comme le montre le fait d’avoir promulgué ces dernières années nombre de livres du Rite romain, restaurés selon les principes et les normes de ce même Concile. Nous en remercions vivement le Seigneur, au­teur de tout bien, et Nous sommes reconnaissant aux Confé­rences épiscopales et à chacun des évêques, qui, de diverses manières, ont collaboré avec Nous à la préparation de ces livres.

Mais, tout en considérant avec joie et gratitude le travail accompli et les premiers résultats positifs du renouveau litur­gique, qui sont destinés à se multiplier au fur et à mesure que la réforme sera mieux comprise dans ses motivations profondes et correctement appliquée, notre sollicitude vigilante ne cesse de se tourner vers tout ce qui peut permettre de réaliser de façon ordonnée la restauration du culte par lequel l’Eglise, en esprit et en vérité (cf. Jn 4, 24), adore le Père, le Fils et l’Esprit Saint, « vénère avec un amour particulier la bienheureuse Marie, Mère de Dieu » et honore avec un religieux respect la mémoire des martyrs et des autres saints.

Le développement, que Nous souhaitons, de la dévotion en­vers la Vierge Marie, dévotion qui, Nous l’avons dit plus haut, s’insère au centre du culte unique appelé à bon droit chrétien — car c’est du Christ qu’il tire son origine et son efficacité, c’est dans le Christ qu’il trouve sa pleine expression et c’est par le Christ que, dans l’Esprit, il conduit au Père —, est un des éléments qui qualifient la piété authentique de l’Eglise. Par né­cessité intime, en effet, celle-ci reflète dans la pratique du culte le plan rédempteur de Dieu : à la place toute spéciale que Marie y a tenue correspond un culte tout spécial envers elle : de même chaque développement authentique du culte chrétien entraîne nécessairement un accroissement proportionné de vénération pour la Mère du Seigneur. Du reste, l’histoire de la piété montre comment « les formes diverses de piété envers la Mère de Dieu, que l’Eglise a approuvées, en les maintenant dans les limites d’une saine doctrine orthodoxe », se développent dans une su­bordination harmonieuse au culte du Christ et gravitent autour de lui comme autour de leur point de référence naturel et né­cessaire. Ainsi en advient-il également à notre époque. La ré­flexion de l’Eglise contemporaine sur le mystère du Christ et sur sa propre nature l’a l’amenée à trouver, à la racine du premier et comme couronnement de la seconde, la même figure de femme : la Vierge Marie, Mère précisément du Christ et Mère de l’Eglise. Et la connaissance plus profonde de la mission de Marie s’est transformée en vénération joyeuse envers elle et en respect plein d’adoration pour le sage dessein de Dieu qui a placé dans sa Famille — l’Eglise —, comme en tout foyer do­mestique, la figure d’une femme qui, discrètement et en esprit de service, veille sur elle « et dirige sa marche vers la patrie, jusqu’à ce que vienne dans la gloire le jour du Seigneur ».

A notre époque, les changements survenus dans les mœurs, dans la sensibilité des peuples, dans les modes d’expression de la littérature et des arts, dans les formes de communication sociale ont influencé également les manifestations du sentiment reli­gieux. Certaines pratiques culturelles qui, naguère encore, s’avé­raient aptes à exprimer le sentiment religieux des individus et des communautés chrétiennes, semblent aujourd’hui insuffi­santes ou inadaptées parce que liées à des schémas sociocultu­rels du passé, alors qu’un peu partout on cherche de nouvelles formes d’expression de l’immuable rapport des créatures avec leur Créateur, des fils avec leur Père. Cela peut amener certains à être momentanément désorientés : mais si, en esprit de confiance en Dieu, on réfléchit sur de tels phénomènes on découvre que bien des tendances de la piété contemporaine — par exemple l’in­tériorisation du sentiment religieux — sont appelées à concourir au développement de la piété chrétienne en général et de la piété envers la Vierge en particulier. Ainsi notre époque, fidè­lement à l’écoute de la tradition et attentive aux progrès de la théologie et des sciences, apportera sa contribution à la louange de Celle que, selon les paroles prophétiques, toutes les généra­tions proclameront bienheureuse (cf. Lc 1, 48).

Nous estimons donc qu’il est du ressort de notre service apos­tolique de traiter, comme en un dialogue avec vous, vénérables Frères, quelques thèmes relatifs à la place que la bienheureuse Vierge occupe dans le culte de l’Eglise. Ces thèmes ont déjà été abordés en partie par le Concile Vatican II et par Nous-même ; mais il n’est pas inutile d’y revenir pour dissiper des doutes et, surtout, pour favoriser le développement de cette dévotion à la Vierge qui, dans l’Eglise, trouve ses motivations dans la Parole de Dieu et s’exerce dans l’Esprit du Christ.

Nous voudrions, par conséquent, nous arrêter sur quelques questions concernant les rapports entre la liturgie et le culte de la Vierge (I) ; proposer des considérations et des directives aptes à favoriser le légitime développement de ce culte (II) ; enfin, suggérer quelques réflexions pour une reprise vigoureuse et plus consciente de la récitation du Rosaire, dont la pratique a été recommandée avec insistance par nos prédécesseurs et s’est tellement répandue dans le peuple chrétien (III).

 

Première partie : Le culte de la Vierge Marie dans la Liturgie

 

1. En nous disposant à traiter de la place que la Vierge Marie occupe dans le culte chrétien, il nous faut en premier lieu tour­ner notre attention vers la liturgie ; celle-ci possède en effet, outre un riche contenu doctrinal, une incomparable efficacité pastorale, et elle a une valeur exemplaire bien connue pour les autres formes de culte. Nous aurions voulu considérer les diverses liturgies de l’Orient et de l’Occident mais, eu égard au but du présent document, Nous envisagerons presque exclusi­vement les livres du Rite romain ; seul ce dernier, en effet, a été l’objet, à la suite des normes pratiques établies par le Concile Vatican II, d’un profond renouveau même en ce qui concerne les expressions de vénération pour Marie, et il demande donc à  être attentivement considéré et apprécié.

 

section 1 : la vierge dans la liturgie romaine rénovée

 

2. La réforme de la liturgie romaine supposait au préalable une révision attentive de son calendrier général. Celui-ci, destiné à organiser avec le relief qui convient la célébration à jours fixes de l’œuvre salvifique en déployant tout le mystère du Christ pendant le cycle de l’année, depuis l’Incarnation jusqu’à l’attente de son retour glorieux, a permis d’introduire de façon plus organique, et en marquant davantage le lien qui les unit, la mémoire de la Mère dans le cycle annuel des mystères de son Fils.

 

3. Ainsi, au temps de l’Avent, outre l’occasion de la solennité du 8 décembre — où l’on célèbre conjointement la Conception immaculée de Marie, la préparation fondamentale (cf. Is 11, 1, 10) à la venue du Sauveur et l’heureuse aurore de l’Eglise sans ride ni tache — la liturgie rappelle fréquemment la figure de la Vierge, surtout aux fériés du 17 au 24 décembre, et plus particulièrement le dimanche qui précède Noël, jour où elle fait retenir les voix antiques des prophètes sur la Vierge Mère et sur le Messie et fait lire des passages de l’Evangile relatifs à la naissance imminente du Christ et du Précurseur13.

 

4. De cette façon, les fidèles qui, avec la liturgie, vivent l’esprit de l’Avent, en considérant l’amour ineffable avec  lequel la Vierge Mère attendait le Fils14, seront amenés à la prendre comme modèle et à se préparer à aller à la rencontre du Sauveur qui vient, « vigilants dans la prière et remplis d’allégresse »15. Nous voulons faire observer également que la liturgie de l’Avent, en unissant l’attente messianique  et l’attente du  retour glo­rieux du Christ avec la mémoire pleine d’admiration de sa Mère, présente un heureux équilibre culturel qui peut être pris comme règle pour empêcher toute tendance à séparer — comme il est arrivé parfois dans certaines formes de piété populaire — le culte de la Vierge de son point de référence indispensable : le Christ. Il en résulte que cette période, comme l’on fait observer les liturgistes, doit être considérée comme un moment particu­lièrement adapté au culte de la Mère du Seigneur ; Nous confirmons cette orientation et souhaitons que partout on l’accueille et la suive.

 

5. Le temps de Noël constitue une commémoration prolon­gée de la maternité divine, virginale, salvifique, de Celle qui, « dans sa virginité parfaite, enfanta le Sauveur du monde »16. En effet, en la solennité de la Nativité du Seigneur, l’Eglise, tout en adorant le divin Sauveur, vénère sa Mère glorieuse ; à l’Epiphanie, tandis qu’elle célèbre la vocation universelle au salut, elle contemple la Vierge, vrai siège de la Sagesse, vraie Mère du Roi, qui présente à l’adoration des Mages le Rédemp­teur de tous les peuples (cf. Mt 2, 11) ; et en la fête de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph (dimanche dans l’octave de Noël), elle contemple avec vénération la vie sainte que mènent dans la maison de Nazareth Jésus, Fils de Dieu et Fils de l’hom­me, Marie, sa mère et Joseph, homme droit (cf. Mt 1, 19).

Dans l’ordonnance réformée du temps de Noël, il nous sem­ble que tous doivent tourner leur attention vers la réinstauration de la solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu ; ainsi placée au 1er janvier selon l’ancienne coutume de la liturgie de Rome, elle est destinée à célébrer la part qu’a eue Marie au mystère du salut et à exalter la dignité particulière qui en découle pour la « Mère très sainte... qui nous a mérité d’accueillir l’Auteur de la vie »17. Elle constitue par ailleurs une excellente occasion pour renouveler notre adoration au nouveau-né Prince de la Paix, pour écouter à nouveau le joyeux message des anges (cf. Lc 2, 14), pour implorer de Dieu, par la médiation de la Reine de la Paix, le don suprême de la paix. C’est pour cette raison qu’en l’heureuse coïncidence de l’octave de la Nativité du Sei­gneur et du 1er janvier, journée de vœux, Nous avons institué la Journée mondiale de la Paix, qui reçoit de plus en plus d’adhésions et produit déjà dans le cœur de beaucoup des fruits de paix.

 

6. Aux deux solennités déjà évoquées — l’Immaculée Con­ception et la Maternité divine — il faut ajouter les antiques et vénérables célébrations du 25 mars et du 15 août.

Pour la solennité de l’Incarnation du Verbe, on a repris dans le Calendrier Romain, par une décision motivée, l’ancienne ap­pellation « Annonciation du Seigneur », mais la célébration était et reste une fête conjointe du Christ et de la Vierge : fête du Verbe qui se fait « fils de Marie » (Mc 6, 3), fête de la Vierge qui devient Mère de Dieu. En ce qui concerne le Christ, l’Orient et l’Occident, dans les inépuisables richesses de leurs liturgies, célèbrent cette solennité comme mémoire du fiat salvifique du Verbe incarné qui, entrant dans le monde, dit : « Voici, je viens... pour faire, ô Dieu, ta volonté » (cf. He 10, 7 ; Ps 39, 8-9) ; comme commémoration du début de la rédemption et de l’union in­time et indissoluble de la nature divine avec la nature humaine dans l’unique Personne du Verbe. En ce qui concerne Marie, cette solennité apparaît comme la fête de la nouvelle Eve, vierge obéissante et fidèle qui, grâce à son généreux fiat (cf. Lc 1, 38), devint, par l’œuvre de l’Esprit, Mère de Dieu, mais aussi vraie mère de tous les vivants et, par l’accueil en son sein de l’unique Médiateur (cf. 1 Tm 2, 5), véritable Arche d’Alliance et véritable Temple de Dieu ; c’est donc la mémoire d’un mo­ment culminant du dialogue de salut entre Dieu et l’homme, et une commémoration du libre consentement de la Vierge et de son concours au plan rédempteur.

La solennité du 15 août célèbre la glorieuse Assomption de Marie au ciel ; fête de son destin de plénitude et de béatitude, de la glorification de son âme immaculée et de son corps virginal, de sa parfaite configuration au Christ ressuscité. C’est une fête qui propose à l’Eglise et à l’humanité l’image et la confirmation consolante que se réalisera l’espérance finale : cette glorification totale est en effet le destin de tous ceux que le Christ a fait frè­res, ayant avec eux « en commun le sang et la chair » (He 2, 14 ; cf. Ga 4, 4). La solennité de l’Assomption se prolonge dans la célébration de sainte Marie Reine, qui a lieu une semaine après et dans laquelle on contemple Celle qui, assise aux côtés du Roi des siècles, resplendit comme Reine et intercède comme Mère18. Cela fait donc quatre solennités qui marquent, avec le plus haut degré liturgique, les principales vérités dogmatiques concernant l’humble Servante du Seigneur.

 

7. Après ces solennités, il faut considérer avant tout quelques célébrations commémorant des événements du salut dans les­ quels la Vierge fut étroitement associée à son Fils, telles les fêtes de la Nativité de Marie (8 septembre), « qui fit lever sur le monde l’espérance et l’aurore du salut »19; de la Visitation (31 mai), dans laquelle la liturgie évoque la « bienheureuse Vierge Marie (...) portant en elle son Fils »20, qui se rend auprès d’Elisabeth pour lui apporter son aide charitable et proclamer la miséricorde du Dieu Sauveur21; ou aussi la miséricorde de Notre-Dame des Douleurs (15 septembre), excellente occasion pour revivre un moment décisif de l’histoire du salut et pour vénérer la Mère, debout près la croix de son Fils, « associée à ses souffrances »22.

La fête du 2 février, à laquelle a été restituée l’appellation « Présentation du Seigneur », doit également être présente à l’esprit, afin d’en recueillir la grande richesse. C’est une mémoire conjuguée du Fils et de la Mère, c’est-à-dire la célébration d’un mystère du salut opéré par le Christ, auquel la Vierge fut inti­mement unie en tant que Mère du Serviteur souffrant de Yahvé, en tant qu’exécutrice d’une mission qui appartenait à l’ancien Israël et en tant que figure du nouveau Peuple de Dieu, conti­nuellement éprouvé dans sa foi et dans son espérance, par la souffrance et par la persécution (cf. Lc 2, 21-35).

 

8. Si le Calendrier Romain restauré met surtout en relief les célébrations rappelées ci-dessus, il contient toutefois d’autres types de mémoires ou de fêtes liées à un motif de culte local mais qui ont acquis une résonance plus vaste (11 février : Notre-Dame de Lourdes ; 5 août : Dédicace de la basilique de Sainte-Marie-Majeure) ; d’autres, célébrées à l’origine par des familles religieuses particulières, mais qui aujourd’hui, en raison de leur diffusion, peuvent être considérées comme vraiment ecclésiales (16 juillet : Notre-Dame du Mont-Carmel ; 7 octobre : Notre-Dame du Rosaire) ; d’autres encore qui, par delà les données apocryphes, ont un contenu présentant une haute valeur exemplaire et prolongent de vénérables traditions nées sur­tout en Orient (21 novembre : la Présentation de la bienheu­reuse Vierge Marie) ou expriment des orientations qui se sont fait jour dans la piété contemporaine (samedi de la troisième semaine après la Pentecôte : Cœur Immaculé de Marie).

 

9. Il ne faut pas oublier que le Calendrier Romain général ne mentionne pas toutes les célébrations mariales ; c’est en effet aux Calendriers particuliers qu’il appartient de recevoir, en toute fidélité aux normes liturgiques mais aussi avec un cordial esprit d’accueil, les fêtes mariales propres aux différentes Eglises locales. Et Nous devons mentionner également la possibilité d’une fréquente commémoration liturgique de la Vierge en re­courant à la mémoire de Sainte Marie le samedi : c’est une mémoire antique et discrète que la souplesse du Calendrier actuel et la multiplicité des formulaires du Missel rendent ex­trêmement aisée et variée.

 

10. Nous n’avons pas l’intention, dans cette Exhortation apostolique, de passer en revue tout le contenu du nouveau Missel Romain; mais, pour répondre à la tâche que Nous nous sommes fixée à l’égard des livres restaurés du Rite  romain23, Nous voudrions relever quelques-uns de leurs aspects et de leurs thèmes. Il nous plaît avant tout de noter que les prières eucha­ristiques du Missel, convergeant admirablement avec les litur­gies orientales24, contiennent une mémoire significative de la bienheureuse Vierge. Tel le très ancien Canon Romain, qui commémore la Mère du Seigneur en termes denses de doctrine et de souffle cultuel :  « Dans la communion de toute l’Eglise nous voulons nommer en premier lieu la bienheureuse Marie toujours Vierge, Mère de notre Dieu et Seigneur, Jésus Christ » ; telle aussi la récente prière eucharistique III, qui exprime par une supplication intense le désir des fidèles de partager avec la Mère l’héritage qui revient à des fils : « Que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire (du Père), pour que nous obtenions un jour les biens du monde à venir, auprès de la Vierge Marie, la bienheureuse Mère de Dieu... ». Cette com­mémoration quotidienne, par la place qu’elle occupe au cœur du Sacrifice divin, doit être considérée comme une forme parti­culièrement expressive du culte rendu par l’Eglise à la « bien-aimée du Très-Haut » (cf. Lc 1, 28).

 

11. Parcourant ensuite les textes du Missel restauré, nous voyons comment les grands thèmes mariaux de l’eucologie ro­maine — la Conception immaculée et la plénitude de grâce, la maternité divine, la virginité parfaite et féconde, le temple de l’Esprit Saint, la coopération à l’œuvre de son Fils, la sain­teté exemplaire, l’intercession miséricordieuse, l’Assomption au ciel, la royauté maternelle, etc. — y ont été accueillis en parfaite continuité doctrinale avec le passé; et aussi comment d’autres thèmes, nouveaux en un certain sens, y ont été intro­duits, en non moins parfaite correspondance avec les dévelop­pements théologiques de notre temps. Ainsi, par exemple, le thème Marie-Eglise est entré dans les textes du Missel, avec une variété d’aspects répondant à la variété des rapports qui existent entre la Mère du Christ et l’Eglise. Ces textes, en effet, voient dans la Conception immaculée de la Vierge la préfiguration de l’Eglise, épouse sans tache du Christ25; dans l’Assomption, ils reconnaissent le commencement déjà réalisé et l’image de ce qui doit encore s’accomplir pour l’ensemble de l’Eglise26; dans le mystère de la Maternité, ils la proclament Mère du Chef et des membres par conséquent, Mère de Dieu et Mère de l’Eglise27.

Lorsque par ailleurs la liturgie tourne son regard vers l’Eglise tant primitive que contemporaine, elle y retrouve toujours Ma­rie : là, comme présence priante avec les Apôtres28; ici, comme présence agissante avec laquelle l’Eglise veut vivre le mystère du Christ : « ... accorde à ton Eglise de s’unir, avec elle (Marie), à la passion du Christ, afin d’avoir part à sa résurrection » 29; et comme voix chantant la louange de Dieu : « ... que nous puissions avec elle (Marie) te magnifier éternellement »30. Et puisque la liturgie est un culte qui exige une conduite cohé­rente de la vie, elle élève sa supplication pour que le culte de la Vierge se traduise par un amour concret et souffrant pour l’Eglise, comme le propose de manière admirable la prière après la communion du 15 septembre : « ... en nous rappelant la compassion de la Vierge Marie, puissions-nous accomplir en nous pour l’Eglise ce qu’il reste encore à souffrir des épreuves du Christ ».

 

12. Le Lectionnaire de la messe est un des livres du Rite romain qui a largement bénéficié de la réforme post-conciliaire, tant par le nombre des textes ajoutés que par leur valeur intrinsèque : il s’agit, en effet, de textes qui contiennent la Parole de Dieu, toujours vivante et efficace (cf. He 4, 12). Cette grande abon­dance de lectures bibliques a permis d’exposer, au cours d’un cycle établi sur trois ans, toute l’histoire du salut, et de proposer d’une manière plus complète le mystère du Christ. Il en est ré­sulté, et c’est une conséquence logique, que le Lectionnaire con­tient un nombre plus important de lectures de l’Ancien et du Nouveau Testament concernant la Vierge. Cette augmentation numérique s’est accompagnée toutefois d’une critique sereine, puisque l’on a retenu seulement les lectures qui, en raison de l’évidence de leur contenu ou des indications d’une exégèse at­tentive, confirmée par les enseignements du Magistère ou par une solide tradition, peuvent être considérées, même d’une ma­nière différente et selon des degrés divers, comme ayant un caractère marial. Il convient de noter en outre que ces lectures ne se présentent pas seulement à l’occasion des fêtes de la Vierge mais qu’elles sont proclamées en bien d’autres circonstances : à certains dimanches de l’année liturgique31, lors de la célébra­tion de rites qui intéressent profondément la vie sacramentelle du chrétien et ses choix32, ou encore des moments joyeux ou douloureux de son existence33.

 

13. Le livre réformé de l’Office divin, la Liturgie des Heures, contient lui aussi des témoignages éminents de piété envers la Mère du Seigneur; par exemple dans les hymnes, parmi les­quelles on peut remarquer quelques chefs-d’œuvre de la litté­rature universelle, telle l’admirable prière de Dante à la Vier­ge 34; dans les antiennes qui rythment la récitation quotidienne, implorations lyriques auxquelles a été ajouté le célèbre tropaire Sub tuum praesidium, vénérable d’antiquité et admirable de con­tenu ; dans les prières d’intercession de Laudes et de Vêpres, dans lesquelles il n’est pas rare de rencontrer un recours confiant à la Mère de miséricorde ; dans la très vaste sélection de pages mariales dues à des auteurs des premiers siècles du christianisme, du Moyen Age et de l’époque moderne.

 

14. Si dans le Missel, dans le Lectionnaire et dans la Liturgie des Heures, sur lesquels s’articule la prière liturgique romaine, la mémoire de la Vierge revient avec un rythme fréquent, les expressions d’amour et de vénération suppliante envers la « Theotokos » ne manquent pas non plus dans les autres livres liturgiques révisés. Ainsi, l’Eglise invoque la Mère de toute grâce avant de plonger les candidats dans les eaux salutaires du baptême35; elle implore son intercession pour les mères se rendant joyeuses à l’Eglise36; elle la présente comme exemple à ses membres qui s’engagent à suivre le Christ dans la vie reli­gieuse37 ou reçoivent la consécration virginale38, et pour eux elle demande son secours maternel 39; elle lui adresse une prière instante pour ses fils arrivés à l’heure du trépas 40; elle demande son intervention pour ceux qui, ayant fermé les yeux à la lumière d’ici-bas, ont comparu devant le Christ, Lumière éternelle41, et, par son intercession, elle appelle le réconfort sur ceux qui, plon­gés dans la douleur, pleurent avec foi la disparition des leurs 42.

 

15. L’examen des livres liturgiques restaurés entraîne donc une constatation réconfortante : la réforme post-conciliaire, comme le souhaitait déjà le Mouvement liturgique, a considéré sous une perspective très juste la Vierge dans le mystère du Christ, et, en harmonie avec la tradition, elle lui a reconnu la place particulière qui lui convient dans le culte chrétien en tant que Mère de Dieu et Associée du Rédempteur.

Il ne pouvait en être autrement. En parcourant, en effet, l’histoire du culte chrétien, on note que, en Orient comme en Occident, les expressions les plus élevées et les plus claires de la piété envers la Vierge ont fleuri dans le cadre de la liturgie ou lui ont été incorporées.

Nous voulons le souligner : le culte que l’Eglise universelle rend aujourd’hui à la Toute Sainte découle, en le prolongeant et en l’accroissant de manière incessante, du culte que l’Eglise de tous les temps lui a voué avec un scrupuleux respect de la vérité et en veillant toujours à la noblesse des formes. De la tradition impérissable, toujours vivante grâce à la présence ininterrompue de l’Esprit et à l’écoute continuelle de la Parole, l’Eglise de notre temps tire des motifs, des raisons et un stimulant pour le culte qu’elle rend elle-même à la Vierge. Et de cette tra­dition vivante, la liturgie, qui reçoit appui et force du Magistère, est une expression très haute et une confirmation probante.

 

section 2 : la vierge modèle de l’eglise dans l’exercice du culte

 

16. Nous voudrions maintenant,  en suivant quelques indi­cations de la doctrine conciliaire sur Marie et l’Eglise, appro­fondir un aspect particulier des rapports existant entre Marie et la liturgie, autrement dit : Marie, modèle de l’attitude spi­rituelle avec laquelle l’Eglise célèbre et vit les divins mystères. L’exemplarité de la Vierge en ce domaine vient de ce qu’elle est reconnue comme le meilleur modèle de l’Eglise dans l’ordre de la foi, de la charité et de la parfaite union au Christ43, c’est-à-dire de cette disposition intérieure qui inspire l’Eglise, l’Epouse bien-aimée, étroitement associée à son Seigneur, lorsqu’elle invoque celui-ci et, par lui, rend le culte qui est dû au Père éternel44.

 

17. Marie est la Virgo audiens, la Vierge qui écoute, qui ac­cueille la parole de Dieu avec foi ; une foi qui fut pour elle l’acte préliminaire et le chemin conduisant à la maternité divine, puisque selon l’intuition de Saint Augustin, « celui (Jésus) que, dans la foi, Marie mit au monde, c’est dans la foi qu’elle le conçut »45. En effet, après avoir reçu de l’Ange la réponse à son doute (cf. Lc 1, 34-37), « elle dit avec une foi entière, et conce­vant Jésus dans son âme avant de le concevoir dans ses entrailles, ‘voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole’ » (Lc 1, 38)46. Cette foi fut pour elle cause de béatitude et source de certitude quant à la réalisation de la promesse : « et bienheu­reuse Celle qui a cru dans l’accomplissement des paroles du Sei­gneur » (Lc 1, 45). Et avec cette même foi, en acteur capital et témoin privilégié de l’Incarnation, elle revenait sur les événe­ments de l’enfance du Christ, en les recueillant au plus profond de son cœur (cf. Lc 2, 19, 51). C’est ce que fait également l’E­glise, surtout dans la liturgie: avec foi elle écoute la parole de Dieu, l’accueille, la proclame, la vénère, la distribue aux fidèles comme pain de vie47, et, à sa lumière, elle scrute les signes des temps, interprète et vit les événements de l’histoire.

 

18. Marie est par ailleurs la Virgo orans, la Vierge priante. Ainsi apparaît-elle dans la visite à la Mère du Précurseur, où elle ouvre son cœur en rendant grâce à Dieu, en exprimant son humilité, sa foi, son espérance : tel est le Magnificat (cf. Lc 1, 46-55), la prière par excellence de Marie, le chant des temps messianiques dans lequel convergent l’allégresse de l’ancien et celle du nouvel Israël. En effet — comme semble le suggérer Saint Irénée — dans le cantique de Marie passa le tressaille­ment de joie d’Abraham qui pressentait le Messie (cf. Jn 8, 56)48 et retentit, dans une anticipation prophétique, la voix de l’Eglise: « dans son exultation, Marie s’écriait, en prophétisant au nom de l’Eglise : ‘Mon âme exalte le Seigneur...’»49. De fait, le cantique de la Vierge, en s’élargissant, est devenu la prière de toute l’Eglise dans tous les temps.

Vierge priante, ainsi apparaît Marie à Cana où, manifestant à son Fils une nécessité temporelle, en l’implorant avec délica­tesse, elle obtient aussi un effet de l’ordre de la grâce : que Jésus, en accomplissant le premier de ses « signes », confirme ses disciples dans la foi en lui (cf. Jn 2, 1-12).

L’ultime épisode biographique de Marie nous la présente éga­lement en prière : les Apôtres « d’un même cœur, persévéraient dans la prière, avec quelques femmes, dont Marie la mère de Jésus, et avec ses frères » (Ac 1, 14) ; c’est la présence priante de Marie dans l’Eglise naissante et dans l’Eglise de toujours, car, élevée au ciel, elle n’a pas renoncé à sa mission d’intercession et de salut50. Vierge priante, l’Eglise l’est aussi, elle qui chaque jour présente au Père les nécessités des ses fils, « loue sans cesse le Seigneur et intercède pour le salut du monde entier »51.

 

19. Marie est encore la Virgo pariens, la Vierge-Mère, c’est-à-dire celle qui, « par sa foi et son obéissance, a engendré sur la terre le Fils du Père, sans connaître d’homme, mais enveloppée par l’Esprit Saint »52 : maternité prodigieuse, établie par Dieu comme type et modèle de la fécondité de la Vierge qu’est l’Eglise. Celle-ci en effet « devient à son tour une Mère, car par la prédication et par le baptême elle engendre à une vie nou­velle et immortelle des fils conçus du Saint-Esprit et nés de Dieu »53. A juste titre les anciens Pères enseignaient que l’Eglise prolonge dans le sacrement du baptême la maternité virginale de Marie. Parmi leurs témoignages, il Nous plaît de rappeler celui de notre illustre Prédécesseur Saint Léon le Grand qui affirme dans une homélie de Noël : « La source de vie qu’il (le Christ) a prise dans le sein de la Vierge, il l’a placée dans les fonds du baptême; il a donné à l’eau ce qu’il avait donné à sa mère: car la puissance du Très-Haut et l’ombre de l’Esprit Saint (cf. Lc 1, 35), qui ont fait que Marie mit au monde un Sauveur, font aussi que l’eau régénère le croyant »54. Voulant puiser aux sources liturgiques, Nous pourrions citer la belle illatio de la liturgie mozarabe : « Celle-là (Marie) porte la Vie dans son sein, celle-ci (l’Eglise) dans la piscine baptismale. Dans les membres de celle-là le Christ est formé, dans les eaux de celle-ci, le Christ est revêtu »55.

 

20. Marie, enfin, est la Virgo offerens, la Vierge qui offre. Dans l’épisode de la présentation de Jésus au Temple (cf. Lc 2, 22-35), l’Eglise, guidée par l’Esprit Saint, a entrevu, au-delà de l’accomplissement des lois concernant l’oblation du premier-né (cf. Ex 13, 11-16) et la purification de la Mère (cf. Lv 12, 6-8), un mystère du salut relatif à l’histoire du salut. Autrement dit, elle a noté la continuité de l’offrande fondamentale que le Verbe incarné fit au Père en entrant dans le monde (cf. He 10, 5-7). Elle a vu la proclamation de l’universalité du salut, puisque Siméon, en saluant dans l’enfant la lumière destinée à éclairer les peuples et la gloire d’Israël (cf. Lc 2, 32), a reconnu en lui le Messie, le Sauveur de tous. Elle a compris la référence prophé­tique à la Passion du Christ : les paroles de Siméon, unissant dans une même prophétie le Fils « signe de contradiction » (Lc 2, 34) et la Mère dont l’âme serait transpercée par un glaive (cf. Lc 2, 35), trouvèrent leur réalisation sur le Calvaire. Mystère de salut, oui, qui sous divers aspects, oriente l’épisode de la Présentation au Temple vers l’événement salvifique de la Croix. Mais l’Eglise elle-même, surtout à partir du Moyen Age, a en­trevu dans le cœur de la Vierge, qui porte son Fils à Jérusalem pour le présenter au Seigneur (cf. Lc 2, 22), une volonté d’oblation, qui dépasse le sens ordinaire du rite qu’elle accomplissait. De cette intuition, nous avons un témoignage dans l’affectueuse interpellation de Saint Bernard : « Offre ton Fils, Vierge sainte, et présente au Seigneur le fruit béni de tes entrailles. Offre pour notre commune réconciliation la victime sainte qui plaît à Dieu »56.

Cette union de la Mère avec son Fils dans l’œuvre de la ré­demption 57 atteint son sommet sur le Calvaire, où le Christ « s’offrit lui-même sans tâche à Dieu » (He 9, 14) et où Marie se tint auprès de la Croix (cf. Jn 19, 25) « souffrant cruellement avec son Fils unique, associée d’un cœur maternel à son sacri­fice, donnant à l’immolation de la victime, née de sa chair, le consentement de son amour » 58 et l’offrant, elle aussi, au Père éternel59. Pour perpétuer à travers les siècles le Sacrifice de la Croix, le divin Sauveur a institué le Sacrifice eucharistique, Mé­morial de sa Mort et de sa Résurrection, et l’a confié à l’Eglise son Epouse80: celle-ci, surtout le dimanche, convoque les fidèles pour célébrer la Pâque du Seigneur jusqu’à ce qu’il revienne61. L’Eglise l’accomplit en communion avec les Saints du ciel et d’abord avec la bienheureuse Vierge62, dont elle imite la charité ardente et la foi inébranlable.

 

21. Modèle de toute l’Eglise dans l’exercice du culte divin, Marie est encore, de façon évidente, éducatrice de vie spiri­tuelle pour chacun des chrétiens. Bien vite, les fidèles commen­cèrent par regarder Marie pour faire, comme elle, de leur propre vie, un culte à Dieu, et de leur culte, un engagement de vie. Déjà au IV° siècle, Saint Ambroise, s’adressant aux fidèles, sou­haitait qu’en chacun d’eux fût présente l’âme de Marie pour glorifier Dieu : « Qu’en tous réside l’âme de Marie pour glori­fier le Seigneur ; qu’en tous réside l’esprit de Marie pour exulter en Dieu63». Mais Marie est surtout le modèle du culte qui con­siste à faire de sa propre vie une offrande à Dieu : cette doctrine ancienne, toujours valable, chacun peut la réentendre en médi­tant l’enseignement de l’Eglise, mais aussi en prêtant l’oreille à la voix même de la Vierge au moment où, réalisant par anti­cipation l’étonnante demande de l’oraison dominicale — « que ta volonté soit faite » (Mt 6, 10) — elle répond au messager de Dieu : « Me voici, je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1, 38). Le « oui » de Marie est pour tous les chrétiens une leçon et un exemple pour offrir leur obéissance à la volonté du Père, chemin et moyen de leur propre sanctification.

 

22. Il est important d’autre part d’observer comment l’Eglise traduit les multiples rapports qui l’unissent à Marie dans les diverses attitudes effectives du culte : vénération profonde, lorsqu’elle réfléchit sur la dignité éminente de la Vierge, devenue, par l’œuvre de l’Esprit Saint, la Mère du Verbe incarné ; amour ardent, lorsqu’elle considère la maternité spirituelle de Marie à l’égard de tous les membres du Corps mystique ; invocation confiante, lorsqu’elle fait l’expérience de l’intercession de son Avocate et Auxiliatrice64, service d’amour, lorsqu’elle entrevoit dans l’humble servante du Seigneur la Reine de miséricorde et la Mère de la grâce ; imitation active, lorsqu’elle contemple la sainteté et les vertus de celle qui est « pleine de grâce » (Lc 1, 28) ; émotion profonde, lorsqu’elle voit en elle, comme dans une image très pure, ce qu’elle-même désire et espère devenir en tous ses membres65; contemplation attentive, lorsqu’elle reconnaît, dans l’Associée au Rédempteur, qui participe désormais pleinement aux fruits du mystère pascal, l’accomplissement prophétique de son propre avenir, jusqu’au jour où purifiée de toute ride et de toute tache (cf. Ep 5, 27), elle deviendra comme une épouse parée pour son époux, Jésus-Christ (cf. Ap 21, 2).

 

23. En considérant donc, Frères très chers, la vénération que la tradition liturgique de l’Eglise universelle et le Rite romain rénové expriment envers la Sainte Mère de Dieu, en rappelant que la liturgie, par sa valeur cultuelle éminente, constitue une règle d’or pour la piété chrétienne, en observant enfin comment l’Eglise, lorsqu’elle célèbre les mystères sacrés, assume une atti­tude de foi et d’amour semblable à celle de la Vierge, nous com­prenons combien est juste l’exhortation du Concile Vatican II à tous les fils de l’Eglise de « promouvoir généreusement le culte, spécialement liturgique, de la Vierge  bienheureuse »66; exhortation que Nous voudrions par-dessus tout voir écoutée sans réserve et mise en pratique avec zèle.

 

Deuxième partie : Pour le renouveau de la piété mariale

 

24. Mais le même Concile Vatican II exhorte à promouvoir, à côté du culte liturgique, d’autres formes de piété, surtout celles que recommande le  Magistère67. Toutefois,  on le sait, la vénération des fidèles pour la Mère de Dieu a revêtu des for­mes multiples selon les circonstances de temps et le lieu, la sen­sibilité des peuples et leurs différentes traditions culturelles. Il s’ensuit que les formes d’expression de cette piété, sujettes à l’usure des siècles, ont grandement besoin d’être rénovées pour que soient remplacés leurs éléments caducs, mis en valeur ceux qui ont passé l’épreuve du temps, et que l’on y incorpore les données doctrinales acquises par la réflexion théologique et pro­posées par le Magistère ecclésiastique. Ceci montre la nécessité pour les Conférences épiscopales, les Eglises locales, les familles religieuses et les communautés de fidèles, de favoriser une acti­vité créatrice authentique et de procéder en même temps à une révision diligente des exercices de piété envers la Vierge ; révision que Nous voudrions respectueuse de la saine tradition des hommes de notre temps. Il Nous semble par conséquent oppor­tun, vénérables Frères, de vous indiquer quelques principes pour guider votre  travail  en  ce  domaine.

 

section I : aspect trinitaire, christologique et ecclésial DU CULTE DE LA VIERGE

 

25. Il convient au plus haut point, avant tout, que les exer­cices de piété envers la Vierge Marie expriment clairement la note trinitaire et christologique qui leur est intrinsèque et essen­tielle. Le culte chrétien en effet est, par nature, un culte rendu au Père, au Fils et à l’Esprit Saint, ou mieux, selon l’expression de la liturgie, au Père par le Christ, dans l’Esprit. Dans cette perspective, il s’étend légitimement, même si c’est de façon substantiellement différente, tout d’abord et particulièrement à la Mère du Seigneur, puis aux saints, car en eux, qui ont souffert avec le Christ et ont été glorifiés avec lui, l’Eglise pro­clame le mystère pascal68. Dans la Vierge, tout se rapporte au Christ et tout dépend de lui : c’est pour lui que Dieu le Père, de toute éternité, l’a choisie comme Mère toute saine et l’a parée de dons de l’Esprit à nul autre consentis. La piété chrétienne authentique n’a certainement jamais manqué de mettre en lumière le lien indissoluble et la référence essentielle de la Vierge au Divin Sauveur69. Il Nous semble cependant particulière­ment conforme à l’orientation spirituelle de notre époque, dominée et absorbée par la « question du Christ »70, que, dans les manières d’exprimer le culte de la Vierge, soit spécialement mis en relief l’aspect christologique, pour qu’elles reflètent le plan de Dieu, qui a fixé à l’avance « par une seule et même disposition l’origine de Marie et l’incarnation de la Sagesse divine71 ». Ceci concourra sans aucun doute à rendre plus solide la piété envers la Mère de Jésus, et à en faire un instrument effi­cace pour parvenir à la « pleine connaissance du Fils de Dieu, et constituer cet Homme parfait, dans la force de l’âge, qui réalise la plénitude du Christ » (Ep 4, 13) ; et cela contribuera d’autre part à développer le culte dû au Christ lui-même, puis­que, conformément au sentiment permanent de l’Eglise, réaf­firmé de nos jours avec autorité72, « ce qui s’adresse à la ser­vante se rapporte au Maître ; ainsi remonte au Fils ce qui est attribué à la Mère; (...) ainsi rejaillit sur le Roi l’honneur rendu en humble hommage à la Reine »73.

 

26. Il Nous semble utile, après cette allusion à l’orientation christologique du culte de la Vierge, de rappeler qu’il est op­portun de mettre convenablement en relief, dans ce culte, une des composantes essentielles de la foi : la Personne et l’œuvre de l’Esprit Saint. La réflexion théologique et la liturgie ont re­levé en effet comment l’intervention sanctificatrice de l’Esprit chez la Vierge de Nazareth a été un moment culminant de son action dans l’histoire du salut. Ainsi, par exemple, des Pères de l’Eglise et des Ecrivains ecclésiastiques ont attribué à l’œuvre de l’Esprit la sainteté originelle de Marie, « quasi pétrie par lui et formée comme une nouvelle créature »74. En réfléchissant sur les textes évangéliques — «l’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre » (Lc 1, 35), et « Marie (...) se trouve enceinte par le fait de l’Esprit Saint ; (...) ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint » (Mt 1, 18, 20) — ils découvrirent dans l’intervention de l’Esprit une action qui consacra et rendit féconde la virginité de Marie75 et transforma la Vierge en Demeure du Roi ou Lieu de repos du Verbe76, Temple ou Tabernacle du Seigneur77, Arche d’Alliance ou de sanctification78, titres riches de résonances bibliques. Approfon­dissant encore le mystère de l’Incarnation, ils virent dans le rapport insondable entre l’Esprit Saint et Marie un aspect conjugal, poétiquement décrit par Prudence : « la Vierge qui n’était pas mariée se maria avec l’Esprit79 », et ils l’appelèrent Sanc­tuaire du Saint-Esprit80, expression qui souligne le caractère sacré de la Vierge, devenue demeure permanente de l’Esprit de Dieu. Pénétrant plus avant dans la doctrine sur le Paraclet, ils com­prirent qu’il est la source d’où jaillit la plénitude de grâce (cf. Lc 1, 28) et l’abondance des dons qui ornent Marie : c’est donc à l’Esprit qu’ils attribuèrent la foi, l’espérance et la charité qui animèrent le cœur de la Vierge, la force qui encouragea son adhésion à la volonté de Dieu, l’énergie qui la soutint dans la compassion au pied de la Croix81. Ils notèrent dans le cantique prophétique de Marie (cf. Lc 1, 46-55) une influence particu­lière de ce même Esprit qui avait parlé par la bouche des pro­phètes82. Enfin, considérant la présence de la Mère de Jésus au Cénacle, où l’Esprit descendit sur l’Eglise naissante (cf. Ac 1, 12-14 ; 2, 1-4), ils enrichirent de nouveaux développements le thème antique Marie-Eglise83; et surtout ils recoururent à l’in­tercession de la Vierge pour obtenir de l’Esprit la capacité d’en­gendrer le Christ dans leurs propres âmes, comme l’atteste Saint Ildefonse en une prière surprenante de doctrine et de vigueur : « Je te prie, je te prie, Vierge sainte : que de cet Esprit qui t’a fait engendrer Jésus je reçoive moi-même Jésus. Que mon âme reçoive Jésus par cet Esprit qui a fait que ta chair a conçu ce même Jésus. (...) Que j’aime Jésus en cet Esprit dans lequel tu l’adores toi-même comme ton Seigneur, et tu le contemples comme ton Fils84 ».

 

27. On affirme parfois que de nombreux textes de la piété moderne ne reflètent pas suffisamment toute la doctrine con­cernant le Saint-Esprit. C’est aux spécialistes de vérifier cette affirmation et d’en évaluer la portée ; à Nous, il revient d’exhor­ter l’ensemble du Peuple de Dieu, spécialement les pasteurs et les théologiens, à approfondir leur réflexion sur l’action de l’Esprit dans l’histoire du salut, et à faire en sorte que les textes de la piété chrétienne mettent en lumière comme il faut son action vivifiante ; d’un tel approfondissement se dégagera en particulier le mystérieux rapport entre l’Esprit de Dieu et la Vierge de Nazareth, et leur action dans l’Eglise ; et de ces vé­rités de foi plus profondément méditées naîtra une piété plus intensément vécue.

 

28. Par ailleurs, il est nécessaire que les exercices de piété par lesquels les fidèles expriment leur vénération à l’égard de la Mère du Seigneur manifestent clairement la place qu’elle occupe dans l’Eglise : « après le Christ, c’est la place la plus élevée et la plus proche de nous85 » ; c’est aussi cette place qui, dans les églises de Rite byzantin, est symbolisée dans la disposition même dès parties architecturales et des éléments iconogra­phiques : ainsi l’entrée principale de l’iconostase porte la repré­sentation de l’Annonce à Marie, et l’abside l’image de la glo­rieuse « Theotokos ». Ceci manifeste à l’évidence que l’humanité commence son retour à Dieu à partir du fiat de la Servante du Seigneur, et peut voir dans la gloire de la Toute Sainte le terme de sa route. Le symbolisme par lequel le temple matériel ex­prime la place de Marie dans le mystère de l’Eglise renferme nu riche enseignement et constitue un heureux présage pour que partout les formes variées de vénération envers la Vierge s’ouvrent sur des perspectives ecclésiales.

En effet, le rappel des idées fondamentales exposées par le Concile Vatican II sur la nature de l’Eglise, Famille de Dieu, Peuple de Dieu, Royaume de Dieu, Corps mystique du Christ86, permettra aux fidèles de reconnaître plus rapidement la mission de Marie dans le mystère de l’Eglise et sa place éminente dans la commu­nion des saints. Ce rappel permettra aussi de comprendre plus intensément le lien fraternel qui unit tous les fidèles : ils sont fils de la Vierge « qui coopère par son amour maternel à leur enfan­tement et à leur éducation »87, ils sont également fils de l’Eglise « parce que nous naissons de sa fécondité, nous sommes nourris de son lait, nous sommes animés de son Esprit »88; la Vierge et l’Eglise coopèrent pour engendrer le Corps mystique du Christ : « l’une comme l’autre est Mère du Christ, mais aucune des deux n’engendre sans l’autre tout le Corps »89. On percevra enfin plus distinctement que l’action de l’Eglise dans le monde est comme un prolongement de la sollicitude de Marie : en effet l’amour diligent de la Vierge à Nazareth, à la maison d’Elisabeth, à Cana, au Golgotha — moments du salut d’une immense portée ecclésiale — se continue dans l’inquiétude maternelle de l’Eglise pour que tous les hommes arrivent à la connaissance de la vérité (cf. 1 Tm 2, 4), dans son souci des humbles, des pau­vres et des faibles, dans son engagement continuel pour la paix et la concorde sociale, dans son zèle pour que tous les hommes aient part au salut qui leur a été mérité par la mort du Christ. De cette façon, l’amour pour l’Eglise se traduira en amour pour Marie, et réciproquement ; car l’une ne peut subsister sans l’autre, comme le fait observer avec perspicacité Saint Chromace d’Aquilée : « L’Eglise se réunit dans la chambre haute (du cénacle) avec Marie, qui fut la Mère de Jésus, et ses frères. Donc, on ne peut parler d’Eglise si Marie, la Mère du Seigneur, n’y est avec ses frères »90. En conclusion, Nous insistons sur la nécessité que le culte rendu à la Vierge manifeste clairement son contenu ecclésiologique intrinsèque : ceci veut dire qu’il faudra faire preuve d’une force capable d’en renouveler de fa­çon salutaire les formes et les textes.

 

section II : quatre orientations pour le culte de la vierge : BIBLIQUE, LITURGIQUE, ŒCUMÉNIQUE, ANTHROPOLOGIQUE

 

29. Aux précédentes notations qui se dégagent de la consi­dération des rapports de la Vierge Marie avec Dieu — Père, Fils et Esprit Saint — et avec l’Eglise, Nous voulons ajouter, toujours en suivant la ligne de l’enseignement conciliaire91, quelques orientations — biblique, liturgique, œcuménique, an­thropologique    qu’il convient d’avoir présentes à l’esprit dans la révision et la création d’exercices et de pratiques de piété, afin de rendre plus vivant et plus intelligible le lien qui nous unit à la Mère du Christ et notre Mère dans la communion des saints.

La nécessité d’une empreinte biblique dans toute forme de culte est comprise aujourd’hui comme un postulat général de la piété chrétienne. Le développement des études bibliques, la diffusion croissante des saintes Ecritures et surtout l’exemple de la Tradition et l’action intime de l’Esprit poussent les chré­tiens de notre temps à se servir toujours davantage de la Bible comme du livre fondamental de la prière, et à en tirer une vé­ritable inspiration et des modèles incomparables. Le culte rendu à la Vierge ne peut être soustrait à ce courant général de la piété chrétienne92, bien plus, il doit s’en inspirer tout particu­lièrement pour acquérir une vigueur nouvelle et un profit assuré. La Bible, en proposant de manière admirable le dessein de Dieu pour le salut des hommes, est tout entière imprégnée du mystère du Sauveur et contient également, de la Genèse à l’Apocalypse, des références non équivoques à Celle qui est Mère et Associée du Sauveur. Nous ne voudrions pas toutefois que cette empreinte biblique se limite à un usage attentif des textes et des symboles judicieusement tirés des saintes Ecritures ; cette empreinte com­porte plus encore : elle requiert en effet la nécessité de prendre dans la Bible le vocabulaire et l’inspiration des formules de prière et de chant ; elle exige par-dessus tout que le culte marial soit marqué par les grands thèmes du message chrétien : ainsi les fidèles, vénérant Celle qui est le Siège de la Sagesse, seront eux-mêmes illuminés par la lumière de la Parole divine et poussés à agir selon les préceptes de la Sagesse incarnée.

 

31. Nous avons déjà parlé de la vénération que l’Eglise rend à la Mère de Dieu dans la célébration de la liturgie. Mais à présent, en exposant les autres formes du culte marial et les critères qui doivent l’inspirer, Nous ne pouvons oublier le prin­cipe énoncé dans la Constitution Sacrosanctum Concilium, qui re­commande vivement les exercices de piété coutumiers au peuple chrétien et ajoute : « Mais les exercices en question doivent être réglés en tenant compte des temps liturgiques et de façon à s’harmoniser avec la liturgie, à en découler d’une certaine manière, et à y introduire le peuple parce que, de sa nature, elle leur est de loin supérieure93». Norme sage et claire ; son application n’est cependant pas facile, surtout dans le domaine du culte rendu à la Vierge, si varié dans ses expressions formelles ; elle exige en effet, de la part des responsables des communautés locales, effort, tact pastoral et persévérance, et de la part des fidèles une promptitude à accueillir des orientations et des propositions qui, émanant de la véritable nature du culte chrétien, demandent parfois le changement de coutumes très anciennes dans lesquelles la nature de la liturgie s’était quelque peu obscurcie.

A ce propos, Nous voudrions faire allusion à deux attitudes qui pourraient, dans la pratique pastorale, rendre vaine la norme établie par le Concile Vatican II : d’abord l’attitude de certaines personnes ayant charge d’âmes qui, dépréciant a priori les exercices de piété, cependant recommandés par le Magistère dans leurs formes légitimes, les abandonnent et créent un vide qu’elles ne songent pas à combler ; elles oublient que le Concile a dit d’harmoniser les exercices de piété avec la liturgie et non de les supprimer. En second lieu, l’attitude de certains autres qui, faisant fit d’un juste critère liturgique et pastoral, unissent exercices de piété et actes liturgiques dans des célébrations hy­brides. Il arrive parfois que, dans la célébration même du Sa­crifice eucharistique, soient insérés des éléments propres aux neuvaines ou d’autres pieuses pratiques, avec le danger de voir le Mémorial du Seigneur ne plus constituer le moment culminant de la rencontre de la communauté chrétienne, mais seulement l’occasion de quelque exercice de dévotion. A ceux qui agissent ainsi, Nous voudrions rappeler que la règle du Concile prescrit d’harmoniser les exercices de piété avec la liturgie et non de les confondre avec elle. Une action pastorale éclairée doit d’une part distinguer et souligner la nature propre des actions litur­giques, et d’autre part valoriser les exercices de piété en les adap­tant aux besoins de chaque communauté ecclésiale et en fai­sant de ces exercices les précieux auxiliaires de la liturgie.

 

32. Etant donné le caractère ecclésial du culte rendu à la Vierge, ce culte reflète les préoccupations de l’Eglise même : l’une d’elles, aujourd’hui dominante, est le rétablissement de l’unité des chrétiens. Ainsi la dévotion envers la Mère de Dieu devient réceptive aux soucis et aux visées du mouvement œcu­ménique, c’est-à-dire qu’elle acquiert une empreinte œcuménique. Et ceci pour différents motifs.

Tout d’abord, les catholiques rejoignent leurs frères des Egli­ses orthodoxes, où la dévotion à la Vierge revêt des formes hau­tement lyriques et profondément doctrinales dans la vénération très aimante de la glorieuse « Theotokos » et dans les acclama­tions à Celle qui est «l’Espérance des chrétiens94». Ils rejoi­gnent aussi les Anglicans, dont les théologiens classiques ont jadis mis en lumière la solide base scripturaire du culte rendu à la Mère de Nôtre-Seigneur, et dont les théologiens actuels sou­lignent davantage l’importance de la place que Marie occupe dans la vie chrétienne. Ils rejoignent encore leurs frères des Eglises Réformées, dans lesquelles fleurit avec vigueur l’amour des saintes Ecritures, quand ils proclament les louanges de Dieu avec les paroles mêmes de la Vierge (cf. Lc 1, 46-55).

D’autre part, la piété envers la Mère du Christ et des chré­tiens est pour les catholiques une occasion naturelle et fréquente de la supplier d’intercéder auprès de son Fils pour que se réalise l’union de tous les baptisés en un seul Peuple de Dieu95. Il faut encore ajouter que la volonté de l’Eglise catholique, sans atté­nuer le caractère propre du culte marial96, est d’éviter avec soin toute exagération susceptible d’induire en erreur les autres frères chrétiens sur la doctrine authentique de l’Eglise catho­lique97, et de bannir toute manifestation cultuelle contraire à la pratique catholique légitime.

Enfin, en conformité avec un culte marial authentique qui, « à travers les honneurs rendus à la Mère (...) veut que le Fils soit dûment connu, aimé et glorifié »98, une telle piété devient un chemin qui conduit au Christ, source et centre de la commu­nion ecclésiale, dans lequel tous ceux qui confessent publique­ment qu’il est Dieu et Seigneur, Sauveur et unique Médiateur (cf. 1 Tm 2, 5), sont appelés à être « un » entre eux, avec Lui et avec le Père dans l’unité du Saint-Esprit99.

 

33. Nous savons bien qu’il existe de sérieuses discordances entre la pensée de nombreux frères appartenant aux autres Eglises et communautés ecclésiales et la doctrine catholique « sur le rôle de Marie dans l’œuvre du salut »100 et donc sur le culte à lui rendre. Cependant, puisque la même puissance du Très-Haut, qui couvrit de son ombre la Vierge de Nazareth (cf. Lc 1, 35), agit dans l’actuel mouvement œcuménique et le féconde, Nous avons à cœur d’exprimer notre espoir confiant que la dévotion envers l’humble Servante du Seigneur, en qui le Tout-Puissant a fait de grandes choses (cf. Lc 1, 49), devien­dra, fût-ce lentement, non pas un obstacle mais un intermé­diaire et un point de rencontre pour l’union de tous ceux qui croient au Christ. Nous nous réjouissons en effet de constater qu’une meilleure compréhension de la place de Marie dans le mystère du Christ et de l’Eglise, même de la part des frères sé­parés, rend plus rapide le chemin de la rencontre. De même que la Vierge, à Cana, obtint de Jésus qu’il accomplit son premier miracle (cf. Jn 2, 1-12) grâce à sa maternelle intervention, ainsi en notre temps elle pourra par son intercession hâter l’heure où les disciples du Christ retrouveront la parfaite communion dans la foi. Cette espérance qui est nôtre se trouve encouragée par une réflexion de notre Prédécesseur Léon XIII : la cause de l’union des chrétiens « concerne particulièrement la maternité spirituelle de Marie. En effet, ceux qui appartiennent au Christ, Marie ne les a pas engendrés et ne pouvait pas les engendrer, si ce n’est dans une même foi et un même amour : ‘le Christ est-il divisé’ ? (1 Co 1, 13) ; nous devons tous vivre la même vie du Christ et ‘porter des fruits pour Dieu’ (Rm 7, 4) en un seul et même corps »101.

 

34. Dans le culte rendu à la Vierge, on doit aussi tenir soi­gneusement compte des acquisitions sûres et éprouvées des sciences humaines. Cela contribuera à faire disparaître une des causes du malaise qui se fait sentir dans le domaine du culte rendu à la Mère du Seigneur, c’est-à-dire la différence entre certains éléments de ce culte et d’autre part les conceptions ac­tuelles de l’anthropologie et la réalité psychosociologique, pro­fondément changée, dans laquelle vivent et agissent les hommes de notre temps. On remarque effectivement qu’il est difficile de situer l’image de la Vierge, telle qu’elle ressort d’une cer­taine littérature dévote, dans les conditions de vie de la société contemporaine, spécialement celles de la femme. Dans le cadre de la vie familiale, les lois et l’évolution des mœurs tendent à juste titre à reconnaître à la femme l’égalité et la coresponsabilité avec l’homme dans la direction du foyer. Dans le domaine politique, elle a conquis en de nombreux pays un pouvoir d’in­tervention dans les affaires publiques, à l’égal de l’homme. Dans le domaine social, elle déploie son activité dans les secteurs les plus variés, en abandonnant chaque jour davantage le cadre étroit du foyer. Dans le domaine culturel sont également offertes à la femme de nouvelles possibilités de recherche scientifique et de succès intellectuel.

Il s’ensuit chez certains une désaffection pour le culte envers la Vierge et une certaine difficulté à prendre Marie de Nazareth comme modèle, parce que les horizons de sa vie, dit-on, se ré­vèlent étroits par rapport aux vastes zones d’activités où l’homme moderne est appelé à agir. A ce sujet, tout en exhortant les théologiens, les responsables des communautés chrétiennes et les fidèles eux-mêmes à consacrer l’attention nécessaire à ces problèmes, il Nous semble utile de proposer, pour notre part, une contribution à leur solution en présentant quelques ré­flexions.

 

35. D’abord, la Vierge Marie a toujours été proposée par l’Eglise à l’imitation des fidèles, non point précisément pour le genre de vie qu’elle a expérimenté, d’autant moins que le mi­lieu socio-culturel dans lequel elle s’est déroulée est aujourd’hui presque partout dépassé, mais parce que, dans les conditions concrètes de sa vie, elle a adhéré totalement à la volonté de Dieu (cf. Lc 1, 38), elle a accueilli la parole et l’a mise en pratique, elle a été inspirée dans son action par la charité et l’esprit de service : en résumé, elle fut la première et la plus parfaite disciple du Christ. Tout cela a une valeur exemplaire universelle et permanente.

 

36. En second lieu, Nous voudrions faire remarquer que les difficultés susdites sont en étroite relation avec certains clichés de l’imagerie populaire et littéraire sur Marie, mais non point avec sa véritable image évangélique ni avec les données doctrinales précisées par le lent et sérieux travail d’approfondissement de la Parole révélée. On doit trouver normal, au contraire, que les générations chrétiennes qui se sont succédées dans des contextes socioculturels différents, en contemplant la figure et la mission de Marie — Femme nouvelle et Chrétienne parfaite récapitulant en elle les situations les plus caractéristiques de la vie féminine en tant que Vierge, Epouse et Mère — aient considéré la Mère de Jésus comme type éminent de la condition féminine et comme modèle absolument remarquable de vie évangélique, et qu’elles aient exprimé leurs sentiments selon les concepts et les représentations de leur époque. L’Eglise, quand elle considère la longue histoire de la piété, se réjouit de constater la continuité du culte ; mais elle ne se lie pas aux schèmes des diverses époques culturelles ni aux conceptions anthropologiques particulières qui les soutiennent, et elle admet que certaines expressions du culte, parfaitement légitimes en elles-mêmes, soient moins adaptées à des gens d’époques et de civilisations différentes.

 

37. Nous voudrions enfin souligner que notre temps, comme les précédents, est appelé à vérifier par la parole de Dieu sa propre connaissance de la réalité et, pour nous limiter à notre sujet, à confronter ses conceptions anthropologiques et les pro­blèmes qui en découlent avec la figure de la Vierge, telle qu’elle est proposée dans l’Evangile. La lecture des divines Ecritures, faite sous l’influence de l’Esprit Saint et sans oublier les acqui­sitions des sciences humaines et les situations variées du monde contemporain, conduira à découvrir que Marie peut être con­sidérée comme le miroir reflétant les espérances des hommes de notre temps. Ainsi, pour donner quelques exemples, la femme d’aujourd’hui, désireuse de prendre part au pouvoir de décision et aux choix de la communauté, contemplera avec une joie in­time Marie qui, dans son dialogue avec Dieu, donne son con­sentement actif et libre102 non pas à la solution d’un problème contingent, mais à « l’événement des siècles », comme a été justement dénommée l’Incarnation du Verbe103. On se rendra compte que le choix par Marie de l’état virginal, qui dans le plan de Dieu la préparait au mystère de l’Incarnation, ne fut point fait de fermeture aux valeurs de l’état conjugal, mais constitua un choix courageux, accompli pour se consacrer tota­lement à l’amour de Dieu. On constatera avec une joyeuse sur­prise que Marie de Nazareth, tout en étant totalement aban­donnée à la volonté du Seigneur, ne fut pas du tout une femme passivement soumise ou d’une religiosité aliénante, mais la femme qui ne craignit pas de proclamer que Dieu est celui qui relève les humbles et les opprimés et renverse de leur trône les puissants du monde (cf. Lc 1, 51-53). On reconnaîtra en Marie, « qui occupe la première place parmi les humbles et les pauvres du Seigneur »104, une femme forte qui connut la pauvreté et la souffrance, la fuite et l’exil (cf. Mt 2, 13-23) : situations qui ne peuvent échapper à l’attention de celui qui veut seconder, par l’esprit évangélique, les forces de libération contenues dans l’homme et dans la société. Ainsi Marie n’apparaîtra pas comme une Mère jalousement repliée sur son divin Fils, mais comme la femme qui, par son action, favorisa la foi au Christ de la com­munauté apostolique (cf. Jn 2, 1-12), et dont le rôle maternel s’étendit en prenant au Calvaire des dimensions universelles105. Ce ne sont que des exemples. Ils manifestent cependant de façon claire que la figure de la Vierge ne déçoit aucune des attentes profondes des hommes de notre temps, et leur offre un modèle achevé du disciple du Seigneur : artisan de la cité ter­restre et temporelle, mais pèlerin qui se hâte vers la cité céleste et éternelle ; promoteur de la justice qui délivre l’opprimé et de la charité qui porte secours au nécessiteux, mais par-dessus tout témoin actif de l’amour qui édifie le Christ dans les cœurs.

 

38. Après avoir proposé ces orientations, destinées à favo­riser l’harmonieux développement du culte rendu à la Mère du Seigneur, Nous croyons utile d’attirer l’attention sur quelques aspects erronés de ce culte. Le Concile Vatican II a déjà dé­noncé avec autorité aussi bien l’exagération de contenus ou de formes qui en arrive à fausser la doctrine, que l’étroitesse d’esprit qui obscurcit la figure et la mission de Marie. Il a pareillement dénoncé certaines déviations du culte comme la crédulité su­perficielle substituant à l’engagement sérieux la confiance facile en des pratiques purement extérieures, et aussi le sentimenta­lisme stérile et éphémère, si étranger au style de l’Evangile qui exige au contraire un travail persévérant et concret106. Quant à Nous, Nous renouvelons cette mise en garde : de telles formes de dévotions ne sont pas en harmonie avec la foi catholique et par conséquent ne doivent pas exister dans le culte. Une défense vigilante contre ces erreurs et ces déviations rendra le culte de la Vierge plus vigoureux et plus authentique, c’est-à-dire solide dans son fondement : l’étude des sources révélées et l’attention aux documents du Magistère prévaudront sur la recherche excessive de la nouveauté et des faits à sensation ; objectif dans son contexte historique : on devra donc éliminer tout ce qui est manifestement faux ou légendaire ; adéquat au contenu doctrinal ; d’où la nécessité d’éviter des présentations unilatérales de la figure de Marie qui, en insistant démesurément sur un élément, compromettent l’ensemble de son image évangélique ; transpa­rent dans ses motivations : on aura grand soin d’écarter des sanctuaires tout profit mesquin.

 

39. Enfin, au cas où cela serait nécessaire, Nous voudrions rappeler que le but ultime du culte rendu à la Vierge est de glorifier Dieu et d’engager les chrétiens dans une vie totalement conforme à sa volonté. En effet, lorsque les fils de l’Eglise, unis­sant leurs voix à la femme anonyme de l’Evangile, glorifient la Mère de Jésus en s’exclamant, tournés vers Jésus lui-même, « Bienheureux le sein qui t’a porté et les mamelles qui t’ont allaité ! » (Lc 11, 27), ils seront conduits à tenir compte de la grave réponse du divin Maître : « Bienheureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique » (Lc 11, 28). Et cette réponse, qui s’avère être un grand compliment à la Vierge, selon l’exégèse de certains Pères de l’Eglise107 confirmée par le Concile Vatican II108, résonne pour nous comme une invitation pressante à vivre selon les commandements de Dieu et comme un écho aux rappels du Sauveur lui-même : « Ce n’est pas celui qui me dit : ‘Seigneur, Seigneur !’ qui entrera dans le Royaume des cieux, mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Mt 7, 21), et aussi : « Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande » (Jn 12, 14).

 

Troisième partie : Indications sur deux exercices de piété : l’Angélus et le Rosaire

 

40. Nous avons indiqué quelques principes capables de donner une vigueur nouvelle au culte de la Mère du Seigneur ; il appartient maintenant aux Conférences épiscopales, aux différentes familles religieuses de rénover avec sagesse des pratiques et des exercices de vénération envers la Vierge, et de soutenir l’impulsion créatrice de tous ceux qui, par inspiration religieuse authentique ou par sensibilité pastorale, désirent donner naissance à de nouvelles formes. Il Nous semble toutefois opportun, pour diverses raisons, de traiter de deux exercices de piété très répandus en Occident et dont le Siège Apostolique s’est occupé en plusieurs occasions: l’Angélus  et le Rosaire ou Chapelet de la Vierge Marie.

 

l’angélus

 

41. Nos  propos  sur  l’Angélus  veulent  être  seulement  une simple mais vive exhortation à conserver l’habitude de le réciter, lorsque et là où c’est possible. Cette prière n’a pas besoin d’être rénovée; sa structure simple, son caractère biblique, son origine historique qui la relie à la demande de sauvegarde dans la paix, son rythme quasi liturgique qui sanctifie divers moments de la journée, son ouverture au mystère pascal qui nous amène, tout en commémorant l’Incarnation du Fils de Dieu, à demander d’être conduits « par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection »109, font que, à des siècles de distance, elle conserve inaltérée sa valeur et intacte sa fraîcheur. Il est vrai que certains usages traditionnellement liés à la récitation de l’Angélus ont disparu ou peuvent difficilement subsister dans la vie moderne ; mais il s’agit d’éléments marginaux ; la valeur de la contemplation du mystère de l’Incarnation du Verbe, de la salutation à la Vierge et du recours à sa miséricordieuse in­tercession reste inchangée ; et, malgré les conditions nouvelles des temps, ces moments caractéristiques de la journée — matin, midi et soir — qui délimitent les périodes d’activité et consti­tuent une invite à s’arrêter pour prier, demeurent inchangés pour la majeure partie des hommes.

 

le rosaire

 

42. Nous voudrions maintenant, Frères très chers, nous ar­rêter un peu sur la rénovation de ce pieux exercice que l’on a appelé « résumé de tout l’Evangile » 110 : le Chapelet de la Vierge Marie, le Rosaire. Nos Prédécesseurs lui ont accordé une attention vigilante et une sollicitude empressée : ils en ont à plusieurs reprises recommandé la récitation fréquente, favorisé la diffusion, expliqué la nature, reconnu l’aptitude à développer une prière contemplative à la fois de louange et de supplication, rappelé l’efficacité intrinsèque pour faire pro­gresser la vie chrétienne et l’engagement apostolique. Nous aussi, dès la première Audience générale de notre Ponti­ficat, le 13 juillet 1963, Nous avons montré notre grande estime pour la pieuse pratique du Rosaire111, et, par la suite, Nous en avons souligné la valeur en de multiples circonstan­ces, ordinaires pour certaines, graves pour d’autres, comme lorsque, en une heure d’angoisse et d’insécurité, Nous publi­âmes l’Encyclique Christi Matri (15 sept. 1966), afin que de ferventes prières soient adressées à la Vierge du Rosaire pour supplier Dieu d’accorder le bien supérieur de la paix112; appel renouvelé dans notre Exhortation apostolique Recurrens mensis October (7 octobre 1969), dans laquelle Nous commémorions la quatrième centenaire de la Lettre apostolique Consueverunt Romani Pontifices de notre Prédécesseur Saint Pie V qui, en ce document, expliqua et, en quelque manière détermina la forme traditionnelle du Rosaire113.

 

43. L’intérêt constant et l’affection que Nous portons au Chapelet de la Vierge Marie Nous a poussé à suivre avec beau­coup d’attention les nombreux congrès consacrés ces dernières années à la pastorale du Rosaire dans le monde contemporain : congrès organisés par des associations et des hommes qui ont profondément à cœur la dévotion du Rosaire, et auxquels ont pris part des Evêques, des prêtres, des religieux et des laïcs forts d’une grande expérience et connus pour leur sens de l’Eglise. Parmi eux, c’est justice de nommer les Fils de Saint Dominique, chargés par tradition de garder et de propager une dévotion aussi salutaire que celle-là. Aux travaux des congrès se sont ajoutées les recherches des historiens, effectuées non pas pour définir dans des buts quasi archéologiques la forme primitive du Rosaire, mais pour en saisir l’intuition originelle, l’énergie première, la structure essentielle. De ces congrès et de ces recherches ont surgi plus clairement les caractéristiques fondamentales du Rosaire, ses éléments essentiels et leur rapport mutuel.

 

44. Ainsi, par exemple, a mieux été mise en lumière la na­ture évangélique du Rosaire : il tire de l’Evangile l’énoncé des mystères et ses principales formules ; il s’inspire de l’Evangile pour suggérer, en commençant par la joyeuse salutation de l’Ange et par l’acceptation religieuse de la Vierge, l’attitude dans laquelle le fidèle doit le réciter; il propose, dans la succes­sion harmonieuse des Ave Maria, un mystère fondamental de l’Evangile — l’Incarnation du Verbe — saisi au moment dé­cisif de l’Annonce faite à Marie. Le Rosaire est donc une prière évangélique,  comme  aujourd’hui,  plus  peut-être  que  par  le passé, aiment à le définir les pasteurs et les érudits.

 

45. De même on a plus facilement compris comment le dé­roulement ordonné et progressif du Rosaire reflète la manière même dont le Verbe de Dieu, en s’insérant par un dessein miséricordieux dans l’histoire humaine, a réalisé la Rédemption. Le Rosaire considère en effet successivement, et dans l’ordre, les principaux  événements  salvifiques  de la  Rédemption qui se sont accomplis dans le Christ: depuis la conception virginale et les mystères de l’enfance jusqu’aux heures culminantes de la Pâque — la Passion bienheureuse et la Résurrection glorieuse — et jusqu’à ses effets sur l’Eglise naissante du jour de la Pente­côte et sur la Vierge, le jour où, parvenue au terme de son exil terrestre, elle fut emportée, corps et âme, vers la patrie céleste. On a encore observé que la division en trois parties des mystères du Rosaire, non seulement correspond étroitement à l’ordre chronologique des faits, mais surtout reflète le schéma de la pré­dication primitive de la foi et propose à nouveau le mystère du Christ exactement de la façon où le voyait Saint Paul dans la célèbre « hymne » de l’Epître aux Philippiens : abaissement, mort, exaltation (2, 6-11).

 

46. Prière évangélique centrée sur le mystère de l’Incarna­tion rédemptrice, le Rosaire a donc une orientation nettement christologique. En effet, son élément le plus caractéristique — la répétition litanique de l’Ave Maria — devient lui aussi une louange incessante du Christ, objet ultime de l’annonce de l’Ange et de la salutation de la mère du Baptiste : « Le fruit de tes entrailles est béni » (Lc 1, 42). Nous dirons même plus: la répétition de l’Ave Maria constitue la trame sur laquelle se développe la contemplation des mystères : le Jésus de chaque Ave Maria est celui-là même que la succession des mystères nous propose tout à tour Fils de Dieu et de la Vierge, né dans une grotte à Bethléem ; présenté au Temple par sa Mère ; adolescent plein de zèle pour les affaires de son Père ; Rédempteur agonisant au Jardin des Oliviers ; flagellé et couronné d’épines ; chargé de la Croix et mourant sur le Calvaire ; ressuscité des morts et monté auprès de son Père, dans la gloire, pour réaliser l’effusion du don de l’Esprit. On sait que, précisément pour favoriser la contemplation et pour que l’intention corresponde aux paroles, on avait jadis l’habitude — et cette coutume existe encore en diverses régions — de faire suivre le nom de Jésus, dans chaque Ave Maria, de la mention du mystère énoncé.

On a également ressenti comme un besoin plus impérieux la nécessité de redire, outre la valeur de l’élément de louange et d’imploration, l’importance d’un autre élément essentiel du Rosaire: la contemplation. Sans elle, le Rosaire est un corps sans âme, et sa récitation court le danger de devenir une répétition mécanique de formules et d’agir à l’encontre de l’avertissement de Jésus : « Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens ; ils s’imaginent qu’en parlant beaucoup ils se feront mieux écouter » (Mt 6, 7). Par nature, la récitation du Rosaire exige que le rythme soit calme et que l’on prenne son temps, afin que la personne qui s’y livre puisse mieux méditer les mystères de la vie du Seigneur, vus à travers le Cœur de Celle qui fut la plus proche du Seigneur, et qu’ainsi s’en dégagent les insondables richesses.

 

48. Les études actuelles, enfin, permettent de saisir avec une plus grande précision les rapports existant entre la liturgie et le Rosaire. D’une part, on a souligné que le Rosaire a pour ainsi dire germé sur le tronc séculaire de la liturgie chrétienne, en un véritable « Psautier de la Vierge » grâce auquel les hum­bles étaient associés au cantique de louange et à l’intercession universelle de l’Eglise ; d’autre part, on a observé que ceci est arrivé à une époque — le déclin du Moyen Age — où l’esprit liturgique était en décadence et où se manifestait chez les fidèles un certain éloignement de la liturgie en faveur d’une dévotion sensible à l’humanité du Christ et à la Vierge Marie. Si, ces dernières années, a pu naître dans l’esprit de quelques-uns le désir de voir le Rosaire compter parmi les expressions liturgiques, et chez d’autres, préoccupés d’éviter les erreurs pastorales du passé, une désaffection injustifiée à son égard, le problème est aujourd’hui facilement soluble à la lumière des principes de la Constitution Sacrosanctum Concilium : les célébrations liturgiques et le pieux exercice du Rosaire ne doivent ni s’opposer, ni être assimilés114. Toute expression de prière parvient à une fécondité d’autant plus grande qu’elle conserve davantage sa vraie nature et sa physionomie propre. La valeur prééminente des actions liturgiques étant donc réaffirmée, il ne sera pas difficile de reconnaître dans le Rosaire un pieux exercice qui s’harmonise facilement avec la liturgie. Comme la liturgie en effet, il est de nature communautaire, il se nourrit de la Sainte Ecriture et se déroule autour du mystère du Christ. Bien que situées sur des plans essentiellement différents, l’anamnèse de la liturgie et la commémoration contemplative du Rosaire ont pour objet les mêmes événements de l’histoire du salut accomplis par le Christ. La première rend présents sous le voile des signes, et agissants de manière mystérieuse, les plus grands mystères de notre Rédemption ; la seconde, grâce à l’amour engendré par la contemplation, aide celui qui prie à se souvenir de ces mystères et stimule sa volonté pour qu’il en tire des règles de vie. Une fois définie cette différence substantielle, il n’est pas difficile de comprendre que le Rosaire est un pieux exercice qui a tiré sa raison d’être de la liturgie et qui, s’il est pratiqué selon l’in­tuition originelle, conduit naturellement vers elle, même sans en franchir le seuil. En effet, la méditation des mystères du Ro­saire, en rendant les mystères du Christ familiers à l’esprit et au cœur des fidèles, peut constituer une très bonne préparation à leur célébration dans l’action liturgique, et en devenir ensuite un écho prolongé. C’est cependant une erreur qui subsiste en­core malheureusement en certains endroits, de réciter le Ro­saire au cours de l’action liturgique.

 

49. Le Chapelet de la Vierge Marie, selon la tradition que notre prédécesseur Saint Pie V recueillit et proposa ensuite officiellement, comporte plusieurs éléments disposés d’une manière organique :

a) la contemplation, en union avec Marie, d’une série de mystères du salut, sagement répartis en trois cycles, qui expriment la joie des temps messianiques, la douleur salvifique du Christ et la gloire du Ressuscité qui se répand sur l’Eglise ; contemplation qui, par nature, conduit à une réflexion pratique et entraîne de stimulantes règles de vie ;

b) la Prière du Seigneur, ou Pater noster, qui, par son im­mense valeur, est à la base de la prière chrétienne et ennoblit ses diverses expressions ;

c) la reprise litanique de l’Ave Maria, composé de la salu­tation de l’Ange à la Vierge (cf. Lc 1, 28) et des paroles de bé­nédiction d’Elisabeth (cf. Lc 1, 42), auxquelles fait suite l’invocation ecclésiale Sancta Maria. La série continue des Ave Maria est une caractéristique propre au Rosaire, et leur nombre, dans la forme typique et complète de cent cinquante, présente une certaine analogie avec le Psautier et remonte aux origines mê­mes du pieux exercice. Mais, en vertu d’une coutume éprouvée, ce nombre, subdivisé en dizaines se référant à chacun des mystè­res, est distribué selon les trois cycles mentionnés plus haut, constituant ainsi le Chapelet bien connu de cinquante Ave Maria. Ce dernier est entré dans la pratique comme le cadre normal de cet exercice et, comme tel, il a été adopté par la piété popu­laire et sanctionné par l’Autorité pontificale, qui l’a également enrichi de nombreuses indulgences ;

d) la doxologie Gloria Patri, qui, conformément à une orien­tation de toute la piété chrétienne, vient conclure la prière par la glorification de Dieu, un et trine, de qui, par qui et pour qui sont toutes choses (cf. Rm 11, 36).

 

50. Tels sont les éléments du Rosaire. Chacun d’eux a son caractère propre qui, bien compris et apprécié, doit se refléter dans la récitation, afin que le Rosaire exprime toute sa richesse et sa variété. Ce caractère deviendra par conséquent grave dans la Prière du Seigneur : lyrique et laudatif dans le calme déroulement des Ave Maria ; contemplatif dans la méditation attentive des mystères ; implorant dans la supplication ; plein d’adoration dans la doxologie. Et ce, dans chaque manière habituelle de réciter le Rosaire : ou en privé, celui qui prie se recueillant dans l’intimité avec son Seigneur ; ou de façon communautaire, en famille ou avec des fidèles réunis pour créer les conditions d’une présence particulière du Seigneur (cf. Mt 18, 20) ; ou publiquement, dans des assemblées où la communauté ecclésiale est convoquée.

 

51. Ces derniers temps ont été créés quelques pieux exercices, qui tirent leur inspiration du Rosaire. Parmi eux, Nous désirons indiquer et recommander ceux qui insèrent dans le schéma habi­tuel des célébrations de la Parole de Dieu certains éléments du Chapelet de la Vierge Marie, comme la méditation des mystères et la répétition litanique de la salutation angélique. Ces éléments acquièrent ainsi un plus grand relief lorsqu’ils sont inclus dans la lecture de textes bibliques, illustrés par l’ho­mélie, entourés de temps de silence, soulignés par le chant. Nous nous réjouissons de savoir que ces exercices ont contribué à faire saisir de manière plus complète les richesses spirituelles du Rosaire lui-même, et à remettre en honneur sa pratique dans des associations et des mouvements de jeunes.

 

52. Nous voudrions maintenant, en continuité avec les intentions de nos Prédécesseurs, recommander vivement la réci­tation du Rosaire en famille. Le Concile Vatican II a mis en lumière comment la famille, cellule première et vitale de la société, « par l’amour mutuel de ses membres et la prière faite à Dieu en commun, se présente comme un sanctuaire domestique de l’Eglise »115. La famille chrétienne apparaît donc comme une « Eglise domestique116 » si ses membres, dans leur milieu propre et selon leurs tâches respectives, travaillent ensemble à promouvoir la justice, pratiquent les œuvres de miséricorde, se consacrent au service de leurs frères, prennent part, dans un cadre plus vaste, à l’apostolat de la communauté locale et s’in­sèrent dans son culte liturgique117; et aussi s’ils élèvent en commun de ferventes prières vers Dieu ; cet élément venant à man­quer, le caractère même de famille chrétienne ferait défaut. C’est pourquoi, un effort concret pour instaurer la prière en commun dans la vie de famille doit normalement faire suite à la redécouverte de la notion théologique de la famille comme Eglise domestique.

 

53. En accord avec les directives conciliaires, la Présentation générale de la Liturgie des Heures range à juste titre la cellule fami­liale au nombre des assemblées auxquelles sied la célébration en commun de l’Office divin : « Il convient (...) que la famille, en tant que sanctuaire domestique de l’Eglise, ne se contente pas de pratiquer la prière en commun, mais aussi qu’elle s’u­nisse plus étroitement à l’Eglise en utilisant, suivant ses possi­bilités, l’une ou l’autre partie de la Liturgie des Heures »118. On ne doit rien négliger pour que cette indication claire et pratique trouve dans les familles chrétiennes une application croissante et joyeuse.

 

54. Mais, après la célébration de la Liturgie des Heures — sommet que peut atteindre la prière familiale — il n’y a pas de doute que le Chapelet de la Vierge Marie doit être considéré comme une des plus excellentes et des plus efficaces « prières en commun » que la famille chrétienne est invitée à réciter. Nous aimons penser en effet, et Nous espérons vivement, que si la rencontre familiale devient un temps de prière, le Rosaire en est une expression fréquente et appréciée. Nous savons bien que les nouvelles conditions de vie des hommes ne facilitent pas à notre époque les moments où la famille peut se rassembler et que, même lorsque cela se produit, de nombreuses circons­tances rendent difficile de trouver dans la rencontre une occasion de prière. C’est difficile, sans aucun doute. Mais c’est éga­lement caractéristique de l’agir chrétien que de ne pas céder devant les conditionnements ambiants, et au contraire de les surmonter; ne pas succomber, mais faire face. C’est pourquoi, les familles qui veulent vivre en plénitude la vocation et la spiritualité propre de la famille chrétienne doivent dépenser toute leur énergie pour endiguer les forces qui empêchent la rencontre familiale et la prière en commun.

 

55. En terminant ces observations, témoignage de la solli­citude et de l’estime du Siège Apostolique envers le Chapelet de la Vierge Marie, Nous voudrions toutefois recommander qu’en diffusant une dévotion aussi salutaire, on n’en altère pas les proportions, et qu’on ne la présente pas non plus avec un ex­clusivisme inopportun : le Rosaire est une prière excellente, au regard de laquelle le fidèle doit pourtant se sentir sereinement libre, invité à le réciter, en toute quiétude, par sa beauté in­trinsèque.

 

Conclusion : Valeur théologique et pastorale du culte de la Vierge

 

56. Vénérables Frères, au terme de notre Exhortation apostolique, Nous désirons souligner sous forme de synthèse la valeur théologique du culte de la Vierge, et rappeler brièvement son efficacité pastorale pour le renouveau de la vie chrétienne.

La piété de l’Eglise envers la Vierge est un élément intrinsèque du culte chrétien. La vénération vouée par l’Eglise à la Mère du Seigneur en tout temps et en tout lieu — depuis la salutation par laquelle Elisabeth la proclamait bienheureuse (cf. Lc 1, 42-45) jusqu’aux expressions de louange et de suppli­cation de notre époque — constitue un puissant témoignage de sa lex orandi et une invitation à raviver dans les consciences sa lex credendi. Et inversement : la lex credendi de l’Eglise demande que, partout, se développe d’une manière florissante sa lex orandi à l’égard de la Mère du Christ. Le culte de la Vierge a des racines profondes dans la Parole révélée et de solides fon­dements dogmatiques : l’éminente dignité de Marie, « Mère du Fils de Dieu, et par conséquent fille de prédilection du Père et sanctuaire de l’Esprit Saint ; don d’une grâce exceptionnelle qui la met bien loin au-dessus de toutes les créatures dans le ciel et sur la terre»119; sa coopération aux moments décisifs de l’œuvre du salut accomplie par son Fils ; sa sainteté, déjà totale lors de sa Conception immaculée et pourtant croissant au fur et à mesure qu’elle adhérait à la volonté du Père et parcourait le chemin de la souffrance (cf. Lc 2, 34-35 ; 2, 41-52 ; Jn 19, 25-27), en progressant constamment dans la foi, dans l’espé­rance et dans la charité; sa mission et sa condition unique au sein du Peuple de Dieu, duquel elle est, en même temps membre suréminent, modèle admirable et Mère très aimante ; son inter­cession incessante et efficace qui la rend, même une fois montée au ciel, très proche des fidèles qui la prient et aussi de ceux qui ignorent qu’elle est leur mère : sa gloire, qui ennoblit le genre humain tout entier, comme l’a merveilleusement exprimé le poète Dante : « Tu es celle qui a ennobli la nature humaine, de sorte que son créateur n’a pas dédaigné de se faire sa créa­ture120: Marie, en effet, est de notre race, c’est une véritable fille d’Eve, bien qu’elle n’en ait pas connu la faute, et aussi notre véritable sœur qui, en femme humble et pauvre, a pleinement partagé notre condition.

Ajoutons que le culte de la Vierge a sa raison d’être ultime dans la volonté insondable et libre de Dieu qui, Amour éternel et divin (cf. 1 Jn 4, 7-8, 16), accomplit toute chose selon un plan d’amour ; il l’a aimée et a fait pour elle de grandes choses (cf. Lc 1, 49) ; il l’a aimée pour lui, il l’a aimée pour nous ; il se l’est donnée à lui-même, il nous l’a donnée.

 

57. Le Christ est le seul chemin vers le Père (cf. Jn 14, 4-11). Le Christ est le modèle suprême auquel le disciple doit confor­mer sa propre conduite (cf. Jn 13, 15), jusqu’à éprouver les mêmes sentiments que lui (cf. Ph 2, 5), vivre de sa vie et posséder son Esprit (cf. Ga 2, 20 ; Rm 8, 10-11) ; l’Eglise a enseigné cela de tout temps, et rien, dans l’action pastorale, ne doit obscurcir cette doctrine. Mais l’Eglise, enseignée par l’Esprit et riche d’une expérience séculaire, reconnaît que la piété envers la Vierge, subordonnée à la piété envers le divin Sauveur et en liaison avec elle, a également une grande efficacité pastorale et constitue une force pour la rénovation de la vie chrétienne. La raison d’une telle efficacité est facilement perceptible. En effet, la mission multiple de Marie à l’égard du Peuple de Dieu est une réalité surnaturelle, opérante et féconde dans l’organisme ecclésial. Il est réjouissant de considérer les aspects particuliers d’une telle mission et de voir comment ils s’orientent, chacun avec son efficacité propre, vers le même but: reproduire dans ses fils les traits spirituels de son Fils premier-né. Nous voulons dire par là que la maternelle intercession de la Vierge, sa sain­teté exemplaire, la grâce divine qui est en elle, deviennent pour le genre humain motif d’espérance.

La mission maternelle de la Vierge pousse le Peuple de Dieu à se tourner avec une confiance filiale vers Celle qui est toujours prête à l’exaucer avec une affection de mère et un secours effi­cace d’auxiliatrice121; le Peuple de Dieu a donc pris l’habitude de l’invoquer comme Consolatrice des affligés, Salut des malades, Refuge des pécheurs, pour obtenir dans les tribulations le récon­fort, dans la maladie le soulagement, dans la faute la force libératrice ; parce que, libre du péché, elle conduit ses fils à vain­cre le péché avec une résolution énergique122. Et cette libération du péché et du mal (cf. Mt 6, 13), il faut le réaffirmer, est la pre­mière étape nécessaire de tout renouveau de la vie chrétienne.

La sainteté exemplaire de la Vierge entraîne les fidèles à lever « leurs yeux vers Marie comme modèle des vertus qui rayonne sur toute la communauté des élus »123. Vertus solides, évangéliques : la foi et l’accueil docile de la Parole de Dieu (cf. Lc 1, 26-38 ; 1, 45 ; 11, 27-28 ; Jn 2, 5) ; l’obéissance généreuse (cf. Lc 1, 38) ; l’humilité sincère (cf. Lc 1, 48) ; la charité empressée (cf. Lc 1, 39-56) ; la sagesse réfléchie (cf. Lc 1, 29, 34 ; 2, 19. 33. 51) ; la piété envers Dieu, qui la rendit zélée dans l’accomplis­sement des devoirs religieux (cf. Lc 2, 21, 22-40, 41), reconnais­sante pour les dons reçus (cf. Lc 1, 46-49), offrante dans le Temple (cf. Lc 2, 22-24), priante dans la communauté aposto­lique (cf. Ac 1, 12-14) ; la force d’âme dans l’exil (cf. Mt 2,12-23), dans la douleur (cf. Lc  2, 34-35, 49 ; Jn 19, 25) ; la pauvreté pleine de dignité et de confiance en Dieu (cf. Lc 1, 48 ; 2, 24) ; la prévenance attentive envers son Fils, de l’humilité de la crèche à l’ignominie de la croix (cf. Lc 2, 1-7 ; Jn 19, 25-27) ; la délicatesse prévoyante (cf. Jn 2, 1-11) ; la pureté virginale (cf. Mt 1, 18-25 ; Lc 1, 26-38) ; l’amour conjugal fort et chaste. De ces vertus de la Mère s’orneront les fils qui, avec ténacité, re­gardent ses exemples pour les reproduire dans leur vie. Et une telle progression dans la vertu apparaîtra comme la conséquence et le fruit déjà venu à maturité de cette force pastorale qui se dégage du culte rendu à la Vierge.

La piété envers la Mère du Seigneur devient pour le fidèle une occasion de croissance dans la grâce divine : c’est le but final de toute action pastorale. Il est impossible en effet d’honorer la « Pleine de grâce » (Lc 1, 28) Sans honorer en soi-même l’état de grâce, et donc l’amitié avec Dieu, la communion avec lui, la présence intérieure de l’Esprit. Cette grâce divine investit tout l’homme et le rend conforme à l’image du Fils de Dieu (cf. Rm 8, 29 ; Col 1, 18). L’Eglise catholique, se basant sur une expérience séculaire, reconnaît dans la dé­votion à la Vierge une aide puissante pour l’homme en route vers la conquête de sa plénitude. Elle, la Femme nouvelle, est à côté du Christ, l’Homme nouveau, dont le mystère seul met en lumière le mystère de l’homme124; elle est le gage et la garantie qu’en une simple créature — en elle — s’est déjà accompli le dessein de Dieu, dans le Christ, pour le salut de tout l’homme. A l’homme d’aujourd’hui souvent tiraillé entre l’angoisse et l’espérance, prostré par le sentiment de ses limites et assailli par des aspirations sans bornes, troublé dans son âme et déchiré dans son cœur, l’esprit obsédé par l’énigme de la mort, oppressé par la solitude alors qu’il tend vers la communion, en proie à la nausée et à l’ennui, la Vierge Marie, contemplée dans sa vie terrestre et dans la réalité qu’elle possède déjà dans la Cité de Dieu, offre une vision sereine et une parole rassurante : la vic­toire de l’espérance sur l’angoisse, de la communion sur la so­litude, de la paix sur le dégoût et la nausée, des perspectives éternelles sur les perspectives temporelles, de la vie sur la mort. Le sceau final de notre Exhortation et la raison d’être ultime justifiant la valeur pastorale de la dévotion à la Vierge pour conduire les hommes au Christ, Nous les tirons des paroles mêmes qu’elle a adressées aux serviteurs des noces de Cana : « Faites ce qu’il vous dira » (Jn 2, 5). Ces paroles semblent li­mitées au désir de porter remède à un contretemps matériel du repas, mais, dans la perspective du quatrième Evangile, elles semblent plutôt rappeler la formule utilisée par le Peuple d’Israël pour ratifier l’Alliance du Sinaï (cf. Ex 19, 8 ; 24, 3, 7 ; Dt 5, 27) ou pour en renouveler les engagements (cf. Jos 24, 24 ; Esd 10, 12 ; Ne 5, 12), et elles concordent merveilleusement avec celles du Père dans la théophanie du Thabor : « Ecoutez-le » (Mt 17, 5).

 

58. Nous avons exposé en détail, vénérables Frères, un point qui est partie intégrante du culte chrétien : la vénération envers la Mère du Seigneur. Nous y avons été amené par la nature de cette question, objet d’étude, de réexamen et même parfois de quelque perplexité ces dernières années. Nous éprouvons du réconfort à penser que le travail accompli selon les normes du Concile par le Siège Apostolique et par vous-mêmes — et tout particulièrement la réforme liturgique — est un gage authen­tique pour un culte toujours plus vivant et aimant rendu à Dieu, Père, Fils et Esprit, et pour la croissance de la vie chré­tienne chez les fidèles ; Nous trouvons un motif de confiance à constater que la liturgie romaine rénovée constitue également dans son ensemble un témoignage éclatant de la piété de l’Eglise envers la Vierge ; Nous sommes soutenu par l’espérance que les directives données pour rendre cette piété toujours plus limpide et vigoureuse seront sincèrement appliquées ; enfin, l’occasion que Nous a fournie le Seigneur de proposer quelques thèmes de réflexion destinés à renouveler et confirmer l’estime pour la pratique du Rosaire Nous remplit d’allégresse. Réconfort, confiance, espérance, joie : tels sont les sentiments que, en unissant notre voix à la voix de la Vierge — comme le dit la liturgie ro­maine125, — Nous voudrions traduire en louange fervente et en remerciement au Seigneur.

Souhaitant donc que, grâce à vos efforts généreux, Frères très chers, il y aura chez le clergé et chez le peuple confié à vos soins un salutaire accroissement de la dévotion mariale, pour le plus grand bien de l’Eglise et de la société humaine, Nous vous accordons de grand cœur, à vous et à tous les fidèles au­près desquels s’exerce votre zèle pastoral, une Bénédiction Apostolique toute spéciale.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, en la fête de la Présen­tation du Seigneur, le 2 février 1974, onzième année de notre Pontificat.

 

PAULUS PP. VI

 

NOTES

 

1 Cf. lactance, Divinae institutiones IV, 3, 6-10 : CSEL 19, p. 279.

2 Cf. Sacrosanctum Concilium, 1-3, 11, 21, 48 : AAS 56, 1964, pp. 97-98, 102-103, 105-106, 113.

3 Sacrosanctum Concilium, 103 : AAS 56, 1964, p. 125.

4 Cf. Lumen Gentium, 66 : AAS 57, 1965, p. 65.

5 Ibid.

6 Messe votive de la bienheureuse Vierge Marie Mère de l’Eglise, Préface.

7 Cf. Lumen Gentium, 66-67 : AAS 57, 1965, pp. 65-66 ; Sacrosanctum Concilium, 103 : AAS 56, 1964, p. 125.

8 Cf. Exhortation apostolique Signum magnum : AAS 59, 1967, pp. 465-475.

9 Cf. Sacrosanctum Concilium, 3 : AAS 56, 1964, p. 98.

10 Cf. ibid., 102 : AAS 56, 1964, p. 125.

11 Cf. Missale Romanum ex Decr. Sacr. Oec. Conc. Vat. II instauratum, auctoritate Pauli PP. VI promulgatum, ed. typica, mcmlxx, Die 8 decembris, Praefatio.

12 (Missale Romanum ex Decr. Sacr. Oec. Conc. Vat. II instauratum, auctoritate Pauli PP. VI promulgatum. Ordo lectionum Missae, ed. typica, mcmlxix, p. 8 ; Lectio I (Anno A : Is 7, 10-14 : « Ecce Virgo concipiet » ; Anno B : 2 S 7, 1-5. 8b-11, 16 : « Regnum David erit usque in aeternum ante faciem Domini » ; Anno C : Mi 5, 2-5a [He 1-4a] : « Ex te egredietur dominator in Israël »).

13 Ibid., p. 8 : Evangelium (Anno A : Mt 1, 18-24 : « Jesus nascetur de Maria, desponsata Joseph, filio David » ; Anno B : Lc 1, 26-38 : « Ecce concipies in utero et paries filium » ; Anno C : Lc 1, 39-45 : « Unde hoc mihi ut veniat mater Domini mei ad me ? »).

14 Cf. Missale Romanum, Praefatio de Adventu, II.

15 Missale Romanum, ibid.

16 Missale Romanum, Prex eucharistica I, Communicantes  in  Nativitate   Domini   et   per octavam.

17 Missale Romanum, Die 1 ianuarii, Ant. ad introitum et Collecta.

18 Cf. Missale Romanum, Die 22 augusti, Collecta.

19 Missale Romanum, Die 8 septembris, Post communionem.

20 Missale Romanum, Die 31 maii, Collecta.

21 Cf. ibid., Collecta et Super oblata.

22 Missale Romanum, Die 15 septembris, Collecta.

23 Cf. n. 1, p. 15.

24 Parmi les nombreuses anaphores, voir les suivantes, particulièrement en honneur chez les orientaux : Anaphora Marci Evangelistae : Prex eucharistica, éd. A. Hânggi-I. Pahl, Fribourg, Editions Universitaires, 1968, p. 107 ; Anaphora Jacobi fratris Domini graeca, ibid., p. 257 ; Ana­phora Johannis Chrysostomi, ibid., p. 229.

25 Cf. Missale Romanum, Die 8 decembris, Praefatio.
26 Cf. Missale Romanum, Die 15 augusti, Praefatio.

27 Cf. Missale Romanum, Die 1 ianuarii, Post communionem.

28 Cf. Missale Romanum, Commune B. Mariae Virginia, 6. Tempore paschali, Collecta.

29 Missale Romanum, Die 15 septembris, Collecta.

30 Missale Romanum, Die 31 maii, Collecta. Dans la même ligne : Praefatio de B. Maria Virgine, II : « Vere dignum... beatae Virginis Mariae memoriam recolentes, clementiam tuam ipsius grato magnificare praeconio ».

31 Cf. Ordo lectionum Missae, Dom. III Adventus (Anno C : So 3, 14-18a) ; Dom. IV Adventus (cf. ci-dessus note 12) ; Dom. infra Oct. Nativitatis (Anno A : Mt 2, 13-15, 19-23 ; Anno B : Lc 2, 22-40 ; Anno C : Lc 2, 41-52) ; Dom. II post Nativitatem (Jn 1, 1-18) ; Dom. VII Paschae (Anno A : Ac 1, 12-14) ; Dom. II per annum (Anno C : Jn 2, 1-12) ; Dom. XIV per annum (Anno B : Gn 3, 9-15) ; Dom. XIV per annum (Anno B : Mc 6, 1-6).

32 Cf. Ordo lectionum Missae. Pro catechumenatu et baptismo adultorum. Ad traditionem Orationis Dominicae (Lectio II, 2 ; Ga 4, 4-7) ; Ad Initiationem christianam extra Vigiliam paschalem (Evang., 7 : Jn 2, 1-11) ; Pro consecratione virginum et professione religiosa (Lectio I, 7 : Lc 61, 9-11 ; Evang., 6 : Mc 3, 31-35 ; Lc 1, 26-38 [Ordo consecrationis virginum, 130 ; Ordo professionis religiosae, Pars altera, 145]).

33 Cf. Ordo lectionum Missae, Pro profugis et exsulibus (Evang., 1 : Mt 2, 13-15, 19-23) ; Pro gratiarum actione (Lectio I, 4 ; So 3, 14-15).

34 La Divina Commedia, Paradiso XXXIII, 1-9 ; cf. Liturgia Horarum, Memoria Sanctae Mariae in Sabbato, ad Officium lectionis, Hymnus.

35 Cf. Ordo baptismi parvulorum, 48 ; Ordo initiationis christianae adultorum, 214.

36 Cf. Rituale Romanum, Tit. VII, cap. III, De benedictione mulieris post partum.

37 Cf. Ordo professionis religiosae, Pars prior, 57 et 67.

38 Cf. Ordo consecrationis virginum, 16.

39 Cf. Ordo professionis religiosae, Pars prior, 62 et 142 ; Pars altera, 67 et 158 ; Ordo consecrationis virginum, 18 et 20.

40 Cf. Ordo unctionis infirmorum eorumque pastoralis curae, 143, 146, 147, 150.

41 Cf. Missale Romanum, Missae defunctorum, Pro defunctis fratribus, propinquis et benefactoribus, Collecta.

42 Cf. Ordo exsequiarum, 226.

43 Cf. Lumen Gentium, 63 : AAS 57, 1965, p. 64.

44 Cf. Sacrosanctum Concilium, 7 : AAS 56, 1964, pp. 100-101.

45 Sermo 215, 4 : PL 38, 1074.

46 Ibid.

47 Cf. Dei Verbum, 21 : AAS 58, 1966, pp. 827-828.

48 Cf. Adversus Haereses IV, 7, 1 : PC 7,  1, 990-991 ; Sources Chrétiennes 100, t. II, pp. 454-458.

49 Adversus Haereses III, 10, 2 : PG 7,  l, 873 ; Sources Chrétiennes 34, p. 164.

50 Cf. Lumen Gentium, 62 : AAS 57, 1965, p. 63.

51 Sacrosanctum Concilium, 83 : AAS 56, 1964, p.  121.

52 Lumen Gentium, 63 : AAS 57, 1965, p. 64.

53 Ibid., 64 : AAS 57, 1965, p. 64.

54 Tractatus XXV (In Nativitate Domini), 5 : CCL 138, p. 123 ; S. Ch. 22 bis, p. 132 ; cf. aussi Tractatus XXIX (In Nativitate Domini), 1 : CCL ibid., p. 147 ; Tractatus LXIII (De Passione Domini), 6 : CCL ibid., p. 386 ; S. Ch. 74, p. 82.

55 M. ferotin, Le « Liber Mozarabicus Sacramentorum », col. 56.

56 In purifications B. Mariae, Sermo III 2 : PL 183, 370 ; Sancti Bemardi Opera, éd. J. Leclercq - H. Rochais, IV, Romae 1966, p. 342.

57 Cf. Lumen Gentium, 57 : AAS 57,  1965, p. 61.

58 Ibid., 58 : AAS 57, 1965, p. 61.

59 Cf. pie XII, Encyclique Mystici Corporis : AAS 35, 1943, p. 247.

60 Cf. Sacrosanctum Concilium, 47 : AAS 56, 1964, p.  113.

61 Cf. ibid., 102 et 106 : AAS 56, 1964, p. 125 et 126.

62 « ... meminisse dignare omnium eorum, qui a saeculo placuerint tibi, patrum sanctorum, patriarcharum, prophetarum, apostolorum (...) et sanctae et gloriosae genitricis Dei Mariae et omnium sanctorum, (...) meminerint miseriae et paupertatis nostrae, et offerant tibi nobiscum sacrincium hoc tremendum et incruentum » : Anaphora Jacobi fratris Domini syriaca : Prex Euchanstica, éd. A. Hànggi-I. Pahl, Fribourg, Editions Universitaires, 1968, p. 274.

63  Expositio Evangelii secundum Lucam, II, 26 : CSEL 32, IV, p. 55 ; S Ch 45, pp. 83-84.

64 Cf. Lumen Gentium, 62 : AAS 57, 1965, p. 63.

65 Sacrosanctum Concilium, 103 : AAS 56, 1964, p. 125.

66 Lumen Gentium, 67 : AAS 57, 1965, p. 65.

67 Cf. ibid., 67 ; AAS 57, 1965, pp. 65-66.

68 Cf. Sacrosanctum Concilium, 104 : AAS 56,  1964, pp.  125-126.

69 Cf. Lumen Gentium, 66 : AAS 57,  1965, p. 65.

70 Cf. paul VI, Allocution prononcée le 24 avril 1970 au sanctuaire Notre-Dame de Bonaria à Cagliari : AAS 62, 1970, p. 300.

71 pie IX, Lettre apostolique Ineffabilis Deus : Pii IX Pontificis Maximi Acta, I, 1, Romae 1854, p. 599 ; voir aussi V. sardi, La solenne definizione del dogma dell’Immacolato concepimento di Maria Santissima, in Atti e documenti..., Rome 1904-1905, vol. II, p. 302.

72 Cf. Lumen Gentium, 66 : AAS 57, 1965, p. 65.

73 st ildefonse, De virginitate perpetua sanctae Mariae, cap. XII : PL 96, 108.

74 Lumen Gentium, 56 : AAS 57, 1965, p. 60, et les auteurs cités à ces endroits à la note 176.

75 Cf. st ambroise, De Spiritu Sancto II, 37-38 : CSEL 79 pp. 100-101 ; cassien, De incarnatione Domini II, cap. II : CSEL 17, pp. 247-249 ; st bede le vénérable, Homelia I, 3 ; CCL 122, p. 18 et p. 20.

76 Cf. st ambrobe, De inititutione virginis, cap. XII, 79 : PL 16 (éd. 1830), 339 ; Epistula 30, 3 et Epistula 42, 7 : ibid., 1107 et 1175 ; Expositio evangelii secundum Lucam X, 132 ; S. Ch. 52, p. 200 ; st proclus de constantinople, Oratio I, 1 et Oratio V, 3 ; PG 65, 681 et 720 ; st basile de séleucie, Oratio XXXIX, 3 : PG 85, 433 ; st andré de crete, Oratio IV, PG 97, 868 ; st germain de constantinople, Oratio III, 15 : PG 98, 305.

77 Cf. st jérôme, Adversus Jovinianum I, 33 : PL 23, 267 ; st ambroise, Epistula 63, 33 : PL 16 (éd. 1880), 1249 : De institutione virginis, cap. XVII, 105 : ibid., 346 ; De Spiritu Sancto III, 79-80 ; CSEL 79, pp. 182-183 ; sedulius, Hymnus « A solis ortus cardine », vv. 13-14 : CSEL 10, p. 164; Hymnus Acathistos, sir. 23 ; éd. I. B. pitra, Analecta Sacra, I, p. 261 ; st proclus de constantinople, Oratio I, 3 : PG 65, 684 ; Oratio II, 6 : ibid., 700 ; st basile de séleucie, Oratio IV : PG 97, 868 ; st jean damascene, Oratio IV, 10 : PG 96, 677.

78 Cf. st sévère d’antioche, Homilia 57 ; PO 8, pp. 357-358 ; hésychius de jérusalem, Homilia de Sancta Maria Deipara ; PC 93 : 1464 ; chrysippe de jérusalem, Oratio in Sanctam Mariam Deiparam, 2 ; PO 19, p. 338 ; st andré de crète, Oratio V ; PG 97, 896 ; st jean damascène, Oratio VI, 6 ; PG 96, 792.

79 Liber Apotheosis, vv. 571-572 : CCL 126, p. 97.

80 Cf. st isidore, De ortu et obitu Patrum, cap. LXVII, 111 : PL 83, 148 ; st ildefonse, De virginitate perpetua sanctae Mariae, cap. X : PL 96, 95 ; st bernard, In Assumptione B. Virginis Mariae, Sermo IV, 4 : PL 183, 428 ; In Nativitate B. Virginis Mariae : ibid., 442 ; st pierre damien, Carmina sacra et preces II, Oratio ad Deum Filium : PL 145, 921 ; Antiphona « Beata Dei Genitrix Maria » : Corpus antiphonialium officii, éd. R. J. Hesbert, Rome 1970, vol. IV, 6314, p. 80.

81 Cf. paul diacre, Homilia I, In Assumptione B. Mariae Virginis : PL 95, 1567 ; De Assumptione sanctae Mariae Virginis attribué à Paschase Radbert, 31, 42, 57, 83 ; éd. A. Ripberger, in « Spicilegium Friburgense », 9, 1962, pp. 72, 76, 84, 96-97; eadmer de cantorbérey, De excellentia Virginis Mariae, cap. IVIV : PL 159, 562-567; st bernard, In laudibus Virginis Matris, Homilia IV, 3 : Sancti Bemardi, Opera, éd. J. Leclercq - H. Rochaix, vol. IV, Romae 1966, pp. 49-50.

82 « Cf. origène, In Lucam Homilia VII, 3 : PG 13, 1817 ; S. Ch. 87, p. 156 ; st cyrille d’alexandrie, Commentarius in Aggaeum prophetum, cap. XIX ; PG 71, 1060 ; st. ambroise, De fide IV, 9, 113-114 ; CSEL 78, pp. 197-198 ; Expositio evangelii secundum Lucam II, 23 et 27-28 : CSEL, In mundi creationem oratio VI, 10 ; PG 56, 497-498 ; antipater de bostra, Homilia in Sanctissimae Deiparae Anmmtiationem, 16 : PG 85, 1785.

83 Cf. eadmer de cantorbéry, De excellentia Virginis Mariae, cap. VII : PL 159, 571 ; st amédée de lausanne, De Maria Virginae Matre Homilia VII : PL 188, 1337 ; S. Ch. 72, p. 184.

84 De virginitate perpetua sanctae Mariae, cap. XII: PL 96, 106.

85 Lumen Gentium, 54 : AAS 57, 1965, p. 59. Cf. paul VI, Allocution aux Pères conciliaires lors de la clôture de la deuxième session du Concile œcuménique Vatican II, le 4 décembre 1963 ; AAS 56, 1964, p. 37.

86 Cf. Lumen Gentium, 6, 7-8, 9-17 : AAS 57, 1965, pp. 8-9. 9-12, 12-21.

87 Ibid., 63 : AAS 57,  1965, p. 64.

88 st cyprien, De catholicae Ecclesiae unitate, 5 : CSEL 3, p. 214.

89 isaac de l’étoile, Sermo LI, In Assumptione B. Mariae, PL 194, 1863.

90 Sermo XXX, 1 : S. Ch. 164, p.  134.

91 Cf. Lumen Gentium, 66-69 : AAS 57,  1965, pp. 65-67.

92 Cf. Dei Verbum, 25 : AAS 58, 1966, pp. 829-830.

93 Sacrosanctum Concilium, 13 : AAS 56, 1964, p. 103.

94 Cf. Officium magni canotas paracletici, Magnum Orologion, Athenis 1963, p. 558 ; passim dans les canons et tropaires, liturgiques : cf. sophrone eustradiadou, Theotokarion, Chennevières-sur-Marne 1931, pp. 9, 19.

95 Cf. Lumen Gentium, 69 : AAS 57,  1965, pp. 66-67.

96 Cf. ibid., 66 : AAS 57, 1965, p. 65 ; Sacrosanctum Concilium, 103 : AAS 56, 1964, p. 125.

97 Cf. Lumen Gentium, 67 : AAS 57, 1965, pp. 65-66.

98 Ibid., 66 : AAS 57, 1965, p. 65.

99 Cf. paul VI, Allocution aux Pères conciliaires, en la basilique du Vatican, le 21 novembre 1964 : AAS 56, 1964, p. 1017.

100 Unitatis redintegratio, 20 : AAS 57, 1965, p. 105.

101 Encyclique Adjutricem populi : AAS 28, 1895-1896, p. 135.

102 Cf. Lumen Gentium, 56 : AAS 57,  1965, p. 60.

103 st pierre chrysologue, Sermo CXLIII : PL 52, 583.

104 Lumen Gentium, 55 : AAS 57, 1965, pp. 59-60.

105 Cf. paul VI, Exhortation apostolique Signum magnum, I : AAS 59, 1967, pp. 467-468 ; Missale Romanum, Die 15 septembris, Super oblata.

106 Cf. Lumen Gentium, 67 : AAS 57, 1965, pp. 65-66.

107 Cf. st augustin, In Johannes Evangelium, Tractatus X, 3 : CCL 36, pp. 101-102 ; Epistula 243. Ad Laetum, 9 : CSEL 57, pp. 575-576 ; st bede le vénérable, In Lucae Evangelium expositio, IV, xi, 28 : CCL 120, p. 237 ; Homelia I, 4 : CCL 122, pp, 26-27.

108 Cf. Lumen Gentium, 58 : AAS 57,  1965, p. 61.

109 Missale Romanum, Dominica IV Adventus, Collecta. Dans le même sens, cf. Collecta du 25 mars, qui peut remplacer la précédente dans la récitation de l’Angélus.

110 pie XII, Lettre Philippinas Insulas, à l’Archevêque de Manille : AAS 38, 1946, p. 419.

111 Cf. Allocution aux participants au III° Congrès international dominicain du Rosaire : Enseignements de Paul VI, 1, 1963, pp. 463-464.

112 Cf. AAS 58, 1966, pp. 745-749.

113 Cf. AAS 61, 1969, pp. 649-654.

114 Cf. 13 : AAS 56, 1964, p. 103.

115 Apostolicam actuositatem, 11 : AAS 58, 1966, p. 848.

116 Lumen Gmtium, 11 : AAS 57,  1965, p.  16.

117 Cf. Apostolicam actuositatem, 11 : AAS 58, 1966, p. 848.

118 N. 27.

119 Lumen Gentium, 53 : AAS 57, 1965, pp. 58-59.

120 La Divine Comédie. Le Paradis, XXXIII, 4-6.

121 Cf. Lumen Gentium, 60-63 : A AS 57, 1965, pp. 62-64.

122 Cf. ibid., 65 : AAS 57, 1965, pp. 64-65.

123 Ibid., 65 : AAS 57, 1965, p. 64.

124 Cf. Gaudium et Spes, 22 : AAS 58, 1966, pp. 1042-1044.

125 Cf. Missale Romanum, die 31 maii, Collecta.

 

25 mars

EXHORTATION APOSTOLIQUE DE S.S. LE PAPE PAUL VI SUR LES BESOINS ACCRUS DE L’EGLISE EN TERRE SAINTE

 

Vénérables Frères et chers Fils, Salut et Bénédiction Apostolique.

 

Nous voulons Nous tourner vers vous, Frères et Fils très chers, pour attirer votre attention sur le devoir pour nous de faire comprendre aux communautés chrétiennes de Terre Sainte le sens de la charité ecclésiale qui nous unit tous.

L’Eglise de Jérusalem, en effet, occupe une place de choix dans la sollicitude du Saint-Siège et dans les préoccupations du monde chrétien tout entier, alors même que l’intérêt pour les Lieux Saints, et en particulier pour la ville de Jérusalem, s’affirme aussi dans les plus hautes assemblées des nations et dans les plus importantes Organisations internationales, afin d’en préserver l’intégrité et de garantir le libre exercice de la religion et du culte1.

Une telle attention est aujourd’hui davantage réclamée par les graves problèmes d’ordre religieux, politique et social qui se posent là-bas : ce sont les problèmes complexes et délicats concernant la possibilité pour les populations de la région de coexister, de vivre en paix ; ce sont aussi les questions de carac­tère religieux, civique et humain, touchant la vie des diverses communautés qui habitent la Terre Sainte.

Nous rappelons, d’un cœur encore angoissé mais pourtant éclairé d’un rayon d’espérance, ce que Nous avons récemment affirmé, à savoir que la prolongation de l’état de tension au Moyen-Orient, sans que l’on ait pu constater de progrès décisifs vers la paix, constitue un danger permanent et grave, qui menace non seulement la tranquillité et la sécurité de ces populations — et la paix du monde entier, — mais aussi des valeurs extrêmement chères, pour divers motifs, à une très grande part de l’humanité. Sans compter que la consolidation progres­sive de situations manquant d’un fondement juridique clair, reconnu et garanti au niveau international, ne pourra que rendre plus difficile ensuite, au lieu de le faciliter, un compromis équi­table et acceptable, tenant compte, comme il faut, des droits de tous : Nous pensons ici, en particulier, à Jérusalem, Cité sainte et capitale du monothéisme, vers laquelle se tournent plus intensément ces jours-ci les regards des disciples du Christ, et dans laquelle ceux-ci, tout comme les Israélites et les musulmans, doivent se sentir pleinement « citoyens »2.

Pour notre part, Nous ne pouvons pas ne pas évoquer de nouveau le pèlerinage que Nous avons accompli, en janvier 1964, sur la Terre de Jésus. Nous avons voulu Nous y rendre pour honorer personnellement, dans les Lieux Saints où le Christ naquit, mourut et, ressuscité, monta au ciel, les mystères de notre salut3. Nous ne pouvons pas non plus oublier notre rencontre avec les Chefs religieux chrétiens, parmi lesquels le Patriarche grec et le Patriarche arménien de Jérusalem, et avec la foule des croyants qui se pressaient autour de Nous comme en une exubérante étreinte de foi et de charité.

En parlant de notre intention aux Pères conciliaires, Nous en avons indiqué aussi le but : il fallait : « ... intensifier notre prière et notre action »4, pour l’heureuse conclusion du Concile. Pour cette raison, Nous décidâmes « ... de Nous faire pèlerin à la Terre de Jésus Notre Seigneur »5, « terre où vécurent jadis nos pères dans la foi ; terre où a retenti la voix des prophètes, parlant au nom du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; terre, enfin et surtout, que la présence du Christ a rendue à jamais bénie et sacrée pour les chrétiens et, on peut le dire, pour le genre humain tout entier »6. « Nul ne peut oublier que lorsque Dieu a voulu se choisir, comme homme, une patrie, une langue, une famille dans ce monde, c’est en Orient qu’il les a choisies »7.

« Il Nous semble trouver une relation mystérieuse entre cette terre, Jésus-Christ, Pierre, la succession de Pierre et Rome », comme Nous le rappelions à Rome au soir de notre retour du pèlerinage en Terre Sainte8.

Cette terre bénie est donc devenue, d’une certaine manière, le patrimoine spirituel des chrétiens du monde entier qui dé­sirent ardemment pouvoir la visiter, par un pieux pèlerinage, au moins une fois durant leur vie, afin de satisfaire leur dévotion et d’exprimer leur amour à Dieu devenu Enfant à Bethléem, à l’adolescent et au travailleur divin à Nazareth, au Maître divin Crucifié sur le Calvaire, au Rédempteur ressuscité sortant du sépulcre qui se trouve dans « l’église de la Résurrection » (ou naos fis anastáseos), selon l’heureuse expression de nos frères chrétiens de langue grecque.

Mais cette terre est aussi celle sur laquelle, à côté des sanc­tuaires et des Lieux Saints, vit et travaille une Eglise vivante, une communauté de croyants dans le Christ. Cette communauté, au cours de l’histoire, a subi d’innombrables épreuves et de douloureuses vicissitudes : les divisions internes, les persécutions extérieures et, depuis quelque temps, l’émigration l’ont affaiblie, rendue incapable de se suffire à elle-même ; elle a donc besoin de notre compréhension et de notre aide morale et matérielle.

Ces frères « qui vivent là où a vécu Jésus et qui, autour des Lieux Saints, sont les successeurs de l’ancienne et toute première Eglise qui a donné naissance à toute les autres Eglises »9, ont de précieux mérites devant Dieu et nous avons une grande dette spirituelle à leur égard : ils participent quotidiennement et d’une manière toute spéciale aux souffrances du Christ ; ils répondent à leur nom de chrétiens par le témoignage d’une foi vive, d’un amour franc et d’une pauvreté authentique, selon l’esprit de l’Evangile. Si leur présence venait à manquer, la chaleur d’un témoignage vivant s’éteindrait auprès des sanctuaires, et les Lieux Saints chrétiens de Jérusalem et de Palestine deviendraient comme des musées. Nous avons déjà eu l’occasion d’exprimer ouvertement notre anxiété devant la diminution du nombre des chrétiens dans ces lieux antiques, berceau de notre foi10.

Depuis le jour de la Résurrection, quand les plus intimes du divin Maître se rendirent en visite au sépulcre, le premier noyau judéo-chrétien eut le mérite de conserver le souvenir des Lieux Saints les plus importants, et d’en montrer les vestiges aux pè­lerins qui, très tôt, commencèrent à les fréquenter.

Des sentiments de foi et de piété poussèrent les premiers chrétiens à rechercher le contact quasi physique avec les Lieux Saints et à y célébrer des rites liturgiques suggestifs.

S’il est vrai que le christianisme est une religion universelle, qui n’est liée à aucun pays et dont les membres « adorent le Père en esprit et en vérité »11, il n’en reste pas moins qu’il est fondé sur une révélation historique. A côté de « l’histoire du salut », il y a une « géographie du salut ». C’est pourquoi les Lieux Saints possèdent la très grande qualité d’offrir à la foi un sou­tien irrécusable, car ils permettent au chrétien de se mettre en contact direct avec le milieu dans lequel « le Verbe s’est fait chair et a demeuré parmi nous »12.

De récentes fouilles archéologiques, accomplies par d’impor­tants Instituts culturels — parmi lesquels l’Ecole biblique des Pères Dominicains et le « Studium » des Pères Franciscains de la Custodie de Terre Sainte — ont mis au jour de nouveaux vestiges qui remontent au temps de Jésus et des Apôtres13.

Depuis le IV° siècle, nous avons des documents qui parlent de pèlerins en route vers la Terre Sainte et indiquent l’itiné­raire à suivre pour faciliter leur voyage14.

Plus tard, le célèbre codex d’Arezzo décrit tant les monu­ments de Terre Sainte que les cérémonies qui y étaient célébrées, tout particulièrement à Jérusalem durant la Semaine Sainte15.

En fixant sa résidence en Palestine et grâce à l’impulsion qu’il avait donnée aux études bibliques, Saint Jérôme avait grande­ment accru l’intérêt du monde chrétien occidental et des cercles cultivés envers la terre de Jésus: c’est précisément à cette époque que furent construits à Bethléem deux couvents et un hospice, signe évident d’un afflux notable de pèlerins16.

Par la suite, la Terre Sainte continua également à attirer de nombreux pèlerins, malgré les dangers du voyage, le caractère limité et la lenteur des moyens de communication : couvents et églises se multiplièrent donc, avec l’aide de généreux bien­faiteurs; les villes et même le désert se peuplèrent ainsi de moi­nes et de pénitents de toute nation et de tout rite qui redécouvraient dans le pays de Jésus les sources de la vie chrétienne.

Au cours des siècles, l’afflux des pèlerins fut conditionné par diverses fluctuations historiques. Il connut des moments floris­sants et d’autres moins heureux. A partir du siècle dernier, on a enregistré un continuel accroissement, facilité par les moyens de transport modernes et motivé par un sens de la foi plus conscient.

Un fait mérite d’être mentionné: pendant le Concile Vatican II, nombreux furent les Pères à se rendre en pèlerinage aux Lieux Saints. Il est aussi encourageant de voir comment beau­coup de prêtres et de religieux aiment passer quelques jours de retraite à Jérusalem à l’occasion de leur ordination ou d’évé­nements particuliers. Nous désirons donner encore plus d’impor­tance à ces visites et à ces séjours en Terre Sainte ; c’est pourquoi Nous avons voulu que l’hospice « Notre-Dame », à Jérusalem, fût réouvert et destiné aussi à accueillir des groupes de prêtres.

De tels pèlerinages ont pu favoriser la rencontre avec des po­pulations de croyances diverses, puisque non seulement les com­munautés chrétiennes, catholiques et non catholiques, mais aussi les communautés hébraïques et musulmanes regardent vers cette terre bénie et en particulier vers Jérusalem, et y con­vergent comme en leur centre spirituel.

Nous souhaitons vivement que de tels contacts s’amplifient. Ils contribueront — c’est notre pensée et notre souhait — à une connaissance des uns des autres, au respect mutuel, au rapprochement entre frères, fils du même Père, et à une compréhen­sion plus profonde du besoin fondamental de la paix entre les peuples.

Saint Paul déjà prit à cœur le sort des fidèles de Palestine et se fit l’ardent promoteur d’une collecte pour ceux des saints de Jérusalem qui sont pauvres. Son appel fut accueilli généreusement par les Eglises de Macédoine, d’Achaïe : chaque chrétien décida d’envoyer, selon ses moyens, des secours aux frères de Judée. Les communautés issues du paganisme se sen­tirent débitrices envers les membres de cette Eglise dont elles avaient reçu la richesse des biens spirituels ; elles s’acquittaient de leur dette par le fruit de leur charité. L’Apôtre en personne apporta les secours dans la Cité Sainte, voyant dans la collecte un lien d’unité entre les nouvelles communautés des croyants et l’Eglise-Mère de Jérusalem17.

Ce n’est pas sans un dessein de la Providence que les circons­tances historiques du XIII° siècle conduisirent en Palestine l’Ordre des Frères Mineurs.

Les Fils de Saint François sont, depuis lors, restés au pays de Jésus — de manière ininterrompue — pour servir l’Eglise lo­cale et pour garder, restaurer et protéger les Lieux Saints chré­tiens ; leur fidélité au désir du fondateur et à la mission donnée par le Saint-Siège a été souvent marquée par des actes de vertu et de générosité extraordinaires.

Les Frères Mineurs s’adressèrent directement aux grands et aux petits pour recueillir des aumônes, et les religieux destinés à s’acquitter de cette tâche prirent le titre officiel de « Procu­reurs » ou « Commissaires de Terre Sainte »18. Cependant, au fil des temps et avec l’extension des besoins, leur œuvre s’est révélée insuffisante. Pour cette raison, les Souverains Pontifes sont intervenus à plusieurs reprises, avec une paternelle sollici­tude, en ordonnant la « collecta pro locis sanctis », et en indi­quant son but, les moments où on devait l’organiser et les moyens de faire parvenir les offrandes à destination par l’intermédiaire des Ordinaires19.

A partir de la seconde moitié du siècle dernier, il y eut une importante augmentation des œuvres pastorales, sociales, caritatives et culturelles au bénéfice de la population locale sans distinctions et des communautés ecclésiales de Terre Sainte.

Hélas, l’Eglise locale manque de moyens matériels ; elle souf­fre aussi des conséquences continuelles et graves de la guerre qui dure, on peut le dire, depuis des décennies. Il n’est pas pos­sible non plus de demander une contribution suffisante à ses fidèles, car en considérant les choses de la meilleure façon, ils ont à peine le nécessaire pour se maintenir en vie.

Cette communauté chrétienne, bi-millénaire quant à son origine et à sa présence en Palestine, doit pouvoir survivre et, bien plus, consolider sa présence d’une manière active et opé­rante, même au service des autres communautés avec lesquelles elle doit vivre. Il est indispensable pour cela que les chrétiens du monde entier se montrent généreux, en faisant affluer vers l’Eglise de Jérusalem la charité de leurs prières, la chaleur de leur compréhension et le signe tangible de leur solidarité.

Nous renouvelons de même en cette circonstance notre souhait, et notre exhortation fervente à un effort sincère et volontaire pour une paix juste et rapide, dans la reconnaissance équitable des droits et des légitimes aspirations de tous les peuples intéressés.

Il n’échappe à personne, en effet, que les civilisations diver­ses nées en Terre Sainte au cours des siècles doivent se rappro­cher afin que les groupes humains qui les composent, bien que divers pour tant de raisons, se mettent à coopérer et se main­tiennent dans cette coopération comme en une syn-odôs, selon le sens profond de l’expression grecque : « marcher ensemble ».

Dans ce processus de convergence, la présence chrétienne en Terre Sainte, aux côtés de la présence hébraïque et musulmane, peut être un élément de concorde et de paix ; ceci est, spéciale­ment pour nous catholiques, d’une importance particulière, confiants comme nous le sommes que « l’avenir est entre les mains de ceux qui auront su donner aux générations de demain des raisons de vivre et d’espérer »20.

Aussi bien notre initiative ne veut-elle avoir en aucune ma­nière d’autre signification que religieuse et charitable, même s’il Nous est impossible de ne pas mentionner l’importance par­ticulière de la question de Jérusalem et des Lieux Saints, déjà traitée en d’autres documents pontificaux solennels.

 

C’est pourquoi, pousse par l’appel qui Nous parvient de cette terre et par le devoir de notre charge pastorale, Nous renouve­lons et développons les normes données par nos prédécesseurs, en particulier celles de Léon XIII et de Jean XXIII de vénérée mémoire, et Nous disposons ce qui suit:

 

1. Dans toutes les églises et oratoires, appartenant aussi bien au clergé diocésain qu’au clergé religieux, une fois par an — le Vendredi Saint ou un autre jour désigné par l’Ordinaire du lieu — outre des prières particulières pour nos frères de l’Eglise de Terre Sainte, on fera une collecte en leur faveur. Les fidèles devront être avertis suffisamment à l’avance que cette collecte sera destinée au maintien non seulement des Lieux Saints, mais avant tout des œuvres pastorales, caritatives, éducatives et so­ciales que l’Eglise soutient en Terre Sainte au bénéfice de leurs frères  chrétiens et des populations locales.

 

2. Les offrandes seront remises en temps opportun par les curés ou les recteurs des églises et oratoires à leur propre Ordi­naire, qui les fera parvenir au Commissaire de Terre Sainte le plus proche, dont la fonction, si appréciée dans le passé, Nous paraît toujours valable et adaptée ; si on le juge opportun, on pourra aussi utiliser une autre voie.

 

3. La Congrégation pour les Eglises orientales veillera, selon les normes établies dans nos Instructions, à ce que la Custode de Terre Sainte et la hiérarchie locale, dans le respect de leurs compétences,  puissent  continuer leurs  œuvres,  les  consolider et les développer davantage. Elles le feront en pleine harmonie entre elles et en étroite coopération avec les autres organismes qui ont des liens spéciaux avec la Terre Sainte et ont à cœur le sort de cette Eglise locale.

 

Outre la Custode de Terre Sainte, il existe en effet d’autres œuvres méritoires de soutien et d’aide, parmi lesquelles il Nous faut rappeler la Mission pontificale21.

En adressant le présent appel, Nous souhaitons que les fidèles du monde entier, en accroissant le montant de leurs offrandes en faveur de la collecte traditionnellement appelée « des Lieux Saints », auront à cœur d’apporter leur contribution et leur appui cordial à toutes les œuvres de l’Eglise qui se trouve sur la terre du Seigneur, pour que le témoignage de l’Evangile y reste vivant, et que la présence des disciples du Christ soit mieux affirmée autour des sanctuaires.

A tous ces organismes, Nous adressons, en cette occasion, nos vives félicitations et nos encouragements à rendre plus efficace leur témoignage de charité envers nos frères dans la foi et tous ceux qui se trouvent dans le besoin.

Nous exprimons enfin notre satisfaction et donnons notre appui à tous les organismes d’assistance et à tous les hommes de bonne volonté qui contribuent à soulager les grandes souf­frances de ces populations sur lesquelles pèsent encore la crainte d’un avenir incertain et difficile. Dieu veuille que leur action bénéfique, ainsi que le retour de la paix souhaité par tous, pré­parent des jours meilleurs pour les habitants de la Terre Sainte.

Avec notre Bénédiction Apostolique.

 

NOTES

 

1 Cf. Traités de Vienne, Sèvres, Montreux, Société des Nations, ONU.

2 Discours aux Cardinaux, AAS 65, 1973, p. 23.

3 Cf. Discours aux Pères conciliaires, AAS 56, 1964, p. 39.

4 Ibid.

5 Ibid.

6 Réponse du Saint-Père à Monsieur Zaiman Shazar, Président de l’Etat d’Israël, L’Osservatore Romano, 7-8 janvier 1964, p. 6.

7 Allocution à la Hiérarchie catholique, ibid., p. 10.

8 Il pellegrinaggio di Paolo VI in Terra Santa, Librairie Editrice Vaticane, 1964, p. 140.

9 Discours de clôture de Paul VI à la cérémonie du Chemin de Croix au Colisée, le 9 avril 1971, L’Osservatore Romano, 10 avril 1971.

10 Cf. Discours aux Cardinaux, AAS 62 1970, p. 47.

11 Cf. Jn 4, 23.

11 Jn 1, 14.

13 Cf. les publications sur la Maison de Saint Pierre a Capharnaüm, « Studium biblicum Franciscanum », Jérusalem ; vinoent-abel O.P., Jérusalem nouvelle, Cabalda 1914-1926.

14 Cf. Itinerarium Burdigalense, Ed. P. Geyger, dans Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum, Vindobonae 1898, vol. 39, p. 25.

15 Cf. Fr. G. gamurrint, S. Silvae Aquitanae Peregrinatio, dans Studi e Documenti di Storia e Diritto,  1888, pp. 97-184.

16 Cf. T. tobler - a. moliner, Itinera latina bellis sacris anteriora, I, 1877, pp. 43-47 ; II, 1880, pp. 133-142.

17 Ac 11, 29 ; 24, 17 ; Rm 15, 25-31 ; 1 Co 16, 1-4 ; 2 Co 8, 1-9 ; Ga 2, 10.

18 martin V, His quae, 24 février 1421, dans Bullarium Franciscanum, VII, Romae 1904, p. 549, n. 1471.

19 Cf. sixte V, Nostri Officii, 1589 ; urbain VIII, Alias fel. rec., 1644, dans Bullarium diplomatum et privilegiorum etc., Augustae Taurinorum 1868, XV, pp. 320-324 ; innocent X, Salvatoris et Domini Nostri, 1645, ibid. pp. 403-404 ; léon XIII, Salvatoris et Domini nostri Jesu Christi, 26 décembre 1887, dans Acta Ordinis Minorum, 7, 1888, pp. 17-18; benoit XV, Inclitum Fratrum Minorum, 4 octobre 1918, AAS 10, 1918, pp. 437-439.

20 Gaudium et Spes, 31 : AAS 58, 1966, p. 1050.

21 Mission pontificale pour la Palestine, dont le Président actuel exerce aussi les fonctions de Secrétaire national de la C.N.E.W.A. - USA.

 

 

 

23 mai

BULLE D’INDICTION « APOSTOLORUM LIMINA » DE L’ANNÉE SAINTE

 

PAUL

SERVITEUR  DES  SERVITEURS  DE  DIEU

A  TOUS  LES  FIDÈLES  DU  MONDE  CATHOLIQUE

SALUT  ET  BENEDICTION  APOSTOLIQUE

 

Les Limina Apostolorum, ou Mémoires apostoliques, sont les lieux sacrés de Rome où sont pieusement conservés et vénérés les tombeaux des Apôtres Pierre et Paul, les Pères Saints grâce auxquels la Ville devint non seulement disciple de la vérité, mais aussi maîtresse de vérité et centre de l’unité catholique1. C’est pourquoi, en ces jours où approche l’Année jubilaire qui doit y être célébrée, ils rayonnent d’une lumière plus éclatante, comme les buts proposés à la pensée des fidèles.

Au cours des siècles, ces mémoires ont toujours appelé le peuple chrétien au renouveau fervent de la foi et au témoignage de la communion ecclésiale, puisque l’Eglise reconnaît ce qu’elle est elle-même, et trouve la source de son unité, dans le fonde­ment établi par le Christ Jésus : les Apôtres2. Dès le second siè­cle déjà, les fidèles se rendaient à Rome pour voir et vénérer les trophées des apôtres Pierre et Paul aux lieux mêmes où ils sont conservés3, et venaient aussi en pèlerinage à l’Eglise ro­maine pour en contempler la basileia, c’est-à-dire la royale ma­jesté4. Au quatrième siècle, le pèlerinage de Rome devint, en Occident, la manifestation principale de ce pieux voyage, d’une signification religieuse parallèle et convergente à celle du pè­lerinage qui, en Orient, conduisait à Jérusalem où se trouve le tombeau du Seigneur5. A l’époque du haut Moyen-Age, ces pérégrinations religieuses font affluer à Rome tous ceux qui, unis à la Chaire de Pierre6, viennent des diverses parties de l’Eu­rope, mais aussi de l’Orient, comme c’est en particulier le cas des moines, pour témoigner sur la tombe des Apôtres de l’or­thodoxie de leur foi 7.

Le désir de faire ce pèlerinage ne fit que grandir aux dou­zième et treizième siècles, accru qu’il était par le mouvement de religiosité et de piété populaire qui se développait dans l’Eu­rope entière. Par là fut enrichie la vieille idée que l’Eglise avait reçue de la tradition, et qui est partagée aussi par d’autres re­ligions, celle du pèlerinage pour Dieu8. Ainsi prit naissance le Jubilé, fruit d’un approfondissement doctrinal, biblique et théo­logique9. Sa première célébration officielle eut lieu en 1220 ; il fut promulgué par notre prédécesseur Honorius III à l’occasion du pèlerinage accompli au tombeau de Saint Thomas Becket10. Gomme on le sait, il eut ensuite pour but à Rome, les basiliques des saints Apôtres Pierre et Paul après que, en l’an 1300, le Pape Boniface VIII eut confirmé ce grand mouvement popu­laire de pénitence par lequel les âmes aspiraient au pardon de Dieu et à l’obtention de la paix pour les hommes11. Ce mou­vement tendait donc à la fin la plus élevée : pour l’honneur de Dieu et l’exaltation de la foi12.

Le Jubilé célébré à Rome en 1300 fut le premier et le modèle de ceux qui se déroulèrent par la suite (tous les vingt-cinq ans depuis le quinzième siècle, sauf en cas d’empêchement dû à des difficultés extérieures). Ce fait témoigne de la continuité et de la vitalité de cette vénérable institution qui se révèle ainsi heureusement adaptée à toutes les époques.

Les Jubilés célébrés à l’époque contemporaine manifestent qu’ils ont conservé toute leur force, aussi bien pour exprimer de manière particulière l’unité et le renouvellement de l’Eglise, que pour constituer un appel adressé à tous les hommes à se reconnaître frères et à entrer dans les chemins de la paix. A l’aurore de ce siècle, ce désir inspirait le Jubilé proclamé en 1900 par le Pape Léon XIII ; ce désir était celui de la famille humaine qui, vingt-cinq ans après, était troublée par la montée de nou­veaux périls ; les mêmes buts furent encore proposés pour l’Année Sainte extraordinaire promulguée pour le neuvième centenaire de la Rédemption ; ce sont enfin les plus hautes aspirations à la justice et à une pacifique vie en commun que notre prédéces­seur Pie XII assigna comme but au dernier Jubilé de 1950.

 

I.

 

Tous les thèmes fondamentaux des, Jubilés du passé Nous semblent présents et résumés de manière synthétique dans ceux que Nous avons fixés pour la prochaine Année Sainte, lorsque Nous en avons annoncé pour la première fois la célébration le 9 mai 1973 : renouvellement et réconciliation13. Nous avons déjà présenté ces thèmes à la réflexion assidue des pasteurs et des fi­dèles pendant la célébration du Jubilé dans les Eglises locales ; Nous les avons accompagnés de nos exhortations et de notre catéchèse. Mais les aspirations signifiées par ces deux thèmes et les idéaux élevés qu’ils expriment trouveront une expression plus complète à Rome, où les pèlerins aux tombeaux des Apô­tres Pierre et Paul ainsi qu’aux mémoires des autres martyrs entreront plus facilement en contact avec les sources anciennes de la foi et de la vie de l’Eglise, dans la résolution de faire retour à Dieu par la pénitence, de se fortifier dans la charité et d’être unis plus étroitement à leurs frères, par la grâce de notre Dieu.

Ce renouveau et cette réconciliation doivent porter en pre­mier lieu sur la vie intérieure, car c’est au fond du cœur que se trouve la racine de tout bien comme aussi, hélas, de tout mal. C’est donc là que doit s’opérer la conversion, ou metanoia, c’est-à-dire le changement personnel d’orientation, de mentalité, d’options, de genre de vie.

Mais c’est aussi par rapport à l’Eglise universelle que, dix ans après la fin du Concile œcuménique Vatican II, l’Année Sainte Nous semble devoir en quelque sorte marquer l’achèvement d’un temps consacré à la réflexion et à la réforme, et inaugurer une nouvelle phase de construction, grâce à un tra­vail théologique, spirituel et pastoral. Cette action doit s’ap­puyer sur les fondements laborieusement établis et consolidés au cours des années passées, conformément aux principes de la vie nouvelle dans le Christ et de la communion de tous en lui, qui nous a réconciliés avec le Père dans son sang14.

En ce qui concerne l’ensemble du monde, cet appel au re­nouvellement et à la réconciliation va à la rencontre de ce que les hommes désirent sincèrement partout où ils prennent conscience de leurs plus graves problèmes et sont affrontés à des conflits issus de divisions et de guerres fratricides : la liberté, la justice, l’unité et la paix.

C’est pourquoi l’Eglise, en annonçant l’Année Sainte, pré­sente à tous les hommes de bonne volonté ce sens de la vie, sa dimension en quelque sorte verticale, à laquelle se réfèrent leurs désirs et leurs recherches d’un bien Absolu et vraiment Universel, en dehors duquel il est vain d’espérer voir les hommes trouver une possibilité d’union mutuelle ou la garantie d’une vraie liberté. Même si la sécularisation caractérise de nos jours nombre de secteurs du monde moderne, l’Eglise veut cependant, sans empiéter sur les domaines qui ne sont pas de sa compé­tence, conduire les hommes vers l’exigence de la conversion envers Dieu, l’unique nécessaire15, ainsi qu’à la nécessité d’im­prégner toutes leurs activités de sa crainte et de son amour, afin de percevoir que la foi en Dieu est en effet le plus puissant appui de la conscience et le fondement solide des relations fondées sur la justice et la fraternité auxquelles le monde aspire.

Lorsque les pasteurs et les fidèles, représentant toutes les Eglises locales, se rendront en pèlerinage à Rome, ce devra être le signe d’une nouvelle orientation des esprits par laquelle les chrétiens se consacreront à la conversion et à la réconciliation fraternelle.

Voyant les bonnes dispositions intérieures manifestées par les pèlerins ainsi que l’effort de renouvellement spirituel du peuple chrétien qu’ils représentent, Nous, en tant que dispen­sateur de la parole et de la grâce de la réconciliation, Nous ac­cordons, autant qu’il est en notre pouvoir, le don de l’indulgence du Jubilé à tous ceux qui accompliront le pèlerinage à Rome, et à tous ceux qui, empêchés de faire le voyage, s’y associeront spirituellement.

 

II.

 

Il ressort de la plus ancienne coutume de l’Eglise que le don de l’indulgence attachée à divers actes et pratiques de péni­tence chrétienne était plus particulièrement accordé à l’occa­sion du pèlerinage aux lieux sanctifiés et consacrés par la vie, la mort et la résurrection de Jésus-Christ, notre Rédempteur, ainsi que par le témoignage rendu à la foi par les Apôtres. Nous voulons, Nous aussi, suivre cette vénérable tradition, conformé­ment aux principes et aux règles que Nous avons indiqués dans la Constitution apostolique Indulgentiarum doctrina16 et que Nous rappelons brièvement.

Parce que le Christ est notre « Justice » et qu’il a été très justement appelé notre « Indulgence », Nous, agissant en hum­ble ministre du Christ Rédempteur, conformément à la tradition reçue de l’Eglise, Nous faisons volontiers participer au don de l’Indulgence les fidèles qui, l’esprit entièrement converti à Dieu, manifestent sincèrement et généreusement par leurs actes de pénitence, de piété et de solidarité fraternelle, qu’ils veulent demeurer unis dans la charité avec Dieu et leurs frères, et encore plus, grandir en elle17. Cette participation découle de la plénitude du salut qui est avant tout le Christ Rédempteur lui-même, dans lequel sont avec toute leur puissance les satisfactions et les mérites de sa rédemption18. Par cette plénitude du Christ, à laquelle nous avons tous eu part19, est clairement mis en lumière ce dogme très ancien de la Communion des Saints, selon lequel la vie de chacun des enfants de Dieu se trouve liée d’une façon admirable, dans le Christ et par le Christ, avec la vie de tous ses autres frères chrétiens, dans l’unité surnaturelle du Corps mystique du Christ, comme dans une unique personne mystique20.

En effet, par un mystérieux dessein de la bonté de Dieu les hommes sont unis entre eux par un lien surnaturel en vertu duquel le péché de l’un nuit également aux autres, de même que la sainteté de l’un profite égale­ment aux autres21. C’est pourquoi, dans l’indulgence, l’Eglise, en vertu de ses pouvoirs de ministre de la rédemption du Christ Seigneur, communique aux fidèles la participation à cette plé­nitude du Christ dans la Communion des Saints22, leur permet­tant d’accéder largement aux moyens de salut.

Par là l’Eglise, comme d’une main maternelle, soutient la faiblesse et l’incapacité de ses fils et leur vient en aide ; ils trou­vent un ferme appui dans le Corps mystique du Christ qui travaille tout entier avec eux à l’œuvre de leur conversion par la charité, l’exemple et la prière. De cette manière, le fidèle pé­nitent trouve dans cette forme éminente de charité ecclésiale une aide puissante pour dépouiller le vieil homme et revêtir l’homme nouveau, car c’est en ceci que consiste au sens fort la conversion et le renouvellement23. En effet, le but de l’Eglise en accordant les indulgences n’est pas seulement d’absoudre les fidèles des peines méritées, mais aussi de les stimuler dans l’accomplissement des œuvres de piété, de pénitence et de cha­rité, celles en particulier qui favorisent l’accroissement de la foi et le bien commun24.

 

III.

 

C’est pourquoi, Nous faisant en quelque sorte l’interprète des sentiments intimes de l’Eglise, Nous accordons à tous les fidèles convenablement disposés, qui, après s’être confessés et avoir communié, prieront aux intentions du Souverain Pontife et du Collège épiscopal, le don de l’Indulgence plénière à l’une des conditions suivantes :

 

1. s’ils accomplissent un pieux pèlerinage à l’une des Basili­ques patriarcales (Saint-Pierre au Vatican, Saint-Paul hors les murs, Saint-Jean de Latran et Sainte-Marie-Majeure), ou à une autre église ou à un autre lieu de la ville de Rome désigné par l’Autorité compétente, en y participant avec dévotion à une célébration liturgique, particulièrement au Sacrifice de la Messe, ou à quelque autre exercice de piété (par exemple le chemin de croix, le rosaire marial) ;

 

2. s’ils visitent, en groupe ou individuellement, une des quatre Basiliques patriarcales et elles seules, et s’ils y passent un temps convenable en pieuses méditations, en les concluant par le Pater noster, par la confession de foi, récitée selon une formule légitime, et par l’invocation de la Bienheureuse Vierge Marie ;

 

3. si, étant empêchés par la maladie ou par une autre cause grave de quitter leur domicile pour participer à un pieux pèle­rinage à Rome, ils s’y unissent spirituellement, offrant à Dieu leurs prières et leurs souffrances ;

 

4. si, se trouvant à Rome et étant empêchés par la maladie ou par une autre cause grave de participer — comme il est dit plus haut aux nn. 1 et 2 — à l’action liturgique ou à un pieux exercice ou à la visite qu’accomplit leur communauté (ecclésiale, familiale ou sociale), ils s’y unissent spirituellement, of­frant à Dieu leurs prières et leurs souffrances.

 

Au cours de l’Année jubilaire demeurent, en outre, en vi­gueur les autres concessions d’indulgences, étant sauve cepen­dant la règle selon laquelle on ne peut obtenir l’indulgence plénière qu’une fois par jour25. Toutes les indulgences, par contre, peuvent toujours être appliquées aux défunts par mode de suf­frage26.

Dans le même but d’offrir le plus largement possible aux fidèles les moyens de salut et pour faciliter l’œuvre des Pasteurs et spécialement des confesseurs, Nous déclarons et décidons que les confesseurs, qui participeront au pèlerinage jubilaire, pour­ront utiliser les facultés qu’ils ont reçues de l’autorité légitime dans leur propre diocèse 27 pour écouter, durant le voyage et à Rome, les confessions des fidèles qui font le pèlerinage avec eux et aussi des autres personnes qui s’adressent à eux, demeu­rant sauf le droit des pénitenciers des Basiliques patriarcales concernant les confessionnaux qui leurs sont réservés dans ces basiliques. A ces derniers, des facultés spéciales seront aussi conférées par la Pénitencerie Apostolique28.

 

IV.

 

Nous avons indiqué ci-dessus les deux fins essentielles de l’Année Sainte ; le renouveau spirituel dans le Christ et la ré­conciliation avec Dieu. Elles concernent non seulement la vie intérieure de chacun, mais également l’Eglise dans son ensem­ble, et même, de quelque façon, toute la communauté humaine. Aussi voulons-Nous exhorter fortement tous ceux auxquels Nous nous adressons à étudier ces propositions, à prendre des initia­tives, à s’apporter une aide réciproque. Ainsi, au cours de l’Année Sainte, des progrès réels pourront être accomplis dans le re­nouveau ecclésial et dans la poursuite de buts qui, selon l’esprit prospectif du Concile Vatican II, Nous tiennent particulière­ment à cœur: que la pénitence, la purification des esprits et la conversion à Dieu soient telles que l’action apostolique de l’E­glise en reçoive un accroissement.

Il faut que l’Année Sainte suscite des efforts généreux pour promouvoir l’évangélisation, qui doit très certainement être placée au premier rang de toute activité. En effet, envoyée par Dieu aux païens pour être le sacrement universel du salut29, l’Eglise, du­rant son pèlerinage sur terre, est missionnaire par sa nature même30. Dans son cheminement historique, elle se renouvelle d’autant plus qu’elle se rend plus disponible pour accueillir et approfondir dans la foi l’Evangile de Jésus-Christ, fils de Dieu, et pour en donner au monde l’annonce salvifique, par la parole et le té­moignage.

Du reste, la prochaine session du Synode des Evêques n’a pas avec cette Année Sainte un rapport purement extérieur et for­tuit. Au contraire, comme Nous l’avons rappelé, il faut s’efforcer de faire que ces deux événements d’Eglise soient coordonnés et étroitement liés entre eux31. Le Synode proposera donc à la réflexion des Pas­teurs, réunis autour du Vicaire du Christ, des directives et des suggestions afin que, guidés par la lumière de la foi, ils s’attachent avec soin à l’évangélisation du monde contemporain, atten­tifs aux vœux de l’Eglise universelle et aux besoins les plus ur­gents de notre temps, considérés dans la charité du Christ.

Par conséquent, l’écoute religieuse de la Parole de Dieu, jointe à une formation catéchétique donnée aux fidèles de tou­te catégorie et de tout âge, devra conduire les chrétiens à une purification des mœurs et à une plus profonde connaissance de la foi, éclairer ceux qui doutent et inciter les négligents à traduire en acte dans leur vie, d’un cœur joyeux, le message évangélique. Elle devra en outre les entraîner tous à participer aux sacrements, de façon consciente et fructueuse, et enfin in­viter les communautés comme les personnes à témoigner de leur foi dans leur vie, de manière sincère et vigoureuse, afin de rendre compte au monde de l’espérance qui est en nous32.

Alors que, depuis plus de dix ans, grâce au Concile Vatican II, une œuvre importante et salutaire de rénovation a été en­treprise dans le ministère pastoral, l’exercice de la pénitence et la liturgie, Nous estimons très opportun que cette œuvre soit révisée et reçoive de nouveaux développements. De la sorte, en tenant compte de ce qui a été fermement approuvé par l’autorité de l’Eglise, on pourra discerner et retenir, parmi les mul­tiples expériences faites partout, celles qui ont une véritable valeur et sont légitimes ; on en poursuivra l’application avec encore plus de zèle, selon les critères et les méthodes conseillés par la prudence pastorale et inspirés par une vraie piété.

La grande affluence de pèlerins, pasteurs et fidèles, des com­munautés chrétiennes de l’univers entier, unis dans un effort fraternel, pour venir chercher à Rome les véritables biens de la grâce et de l’amour du Christ, fournira certainement d’excel­lentes occasions d’informations, d’échanges, de confrontation et d’appréciation au sujet d’expériences et de propositions diverses. Cela sera possible surtout si on tient, à divers niveaux et dans des groupes d’experts, des congrès et des réunions dans lesquels on saura unir à la fois la prière et un ferme engagement pour l’action apostolique.

Nous désirons rappeler ici de façon particulière la nécessité de trouver un juste équilibre entre les diverses tendances du ministère pastoral actuel, comme ce fut le cas, de façon remarquable, pour la liturgie : équilibre entre la tradition et l’œuvre de renouveau, entre le caractère essentiellement religieux de l’apostolat chrétien et son efficacité dans tous les domaines de la vie sociale ; entre la façon libre et spontanée d’exercer cet apostolat — façon que certains ont pris l’habitude d’appeler charismatique — et la fidélité envers les lois qui s’appuient sur la volonté expresse du Christ et des Pasteurs de l’Eglise ; ces lois en effet, portées par l’Eglise et sans cesse adaptées aux dif­férentes époques, permettent aux expériences particulières d’ê­tre reçues dans la communauté chrétienne pour servir à l’édification du Corps du Christ qui est l’Eglise, et jamais pour s’y opposer38.

Nous voulons aussi attirer l’attention sur la nécessité, de plus en plus urgente, de promouvoir le genre d’apostolat adapté aux conditions de lieux ou de groupes humains particuliers. Bien loin de nuire aux institutions traditionnelles nécessaires, c’est-à-dire aux diocèses et aux paroisses, un tel apostolat pénètre au contraire; en y insérant le ferment évangélique, les formes de la vie sociale moderne — surtout le monde du travail, celui de la culture et celui de la jeunesse — souvent éloignées des for­mes de vie sociale héritées de nos aînés et qui paraissent étran­gères aux communautés qui regroupent les fidèles dans une com­munion de prière, de foi et de charité.

Quant aux façons de faire la catéchèse et de concevoir la pré­dication de la parole de Dieu, telles qu’elles correspondent aux nécessités de notre temps, il faudra y accorder une considération spéciale, dans le but de recueillir des conseils efficaces en la ma­tière, en tenant compte particulièrement de l’effort à faire pour que les moyens de communication sociale servent au progrès humain et chrétien, aussi bien des hommes pris en particulier que des communautés.

Il s’agit là de questions d’une très grande importance que nous devrons aborder. Pour les résoudre, il faut implorer la grâce de l’Année Sainte par des prières instantes et en toute humilité.

 

V.

 

Comme on le sait, une des plus vives préoccupations de l’E­glise, en notre temps, a été de diffuser partout un message de charité, d’esprit Social et de paix, et aussi de promouvoir, autant qu’elle le pouvait, des œuvres de justice et de solidarité en faveur de tous les indigents, des marginaux, des exilés ; des opprimés : en faveur de tous, disons-Nous, qu’il s’agisse des per­sonnes, des groupes sociaux ou des peuples. C’est pourquoi Nous souhaitons vivement que l’Année Sainte, grâce aux œuvres de charité qu’elle inspire et demande aux fidèles, soit un temps favorable pour raffermir et éclairer la conscience morale chez tous les chrétiens et dans la vaste communauté de tous les hom­mes auxquels il sera aussi possible de faire parvenir le message de l’Eglise.

Les origines très anciennes du Jubilé, dans les lois et les ins­titutions d’Israël, attestent clairement qu’il possède, de par sa nature même, cette dimension sociale. En effet, comme nous le lisons dans le Lévitique34, l’Année du Jubilé, précisément parce qu’elle était spécialement consacrée à Dieu, comportait une nouvelle réglementation de tout ce qu’on reconnaissait comme appartenant à Dieu: la terre, laissée en jachère et resti­tuée à ses anciens possesseurs ; les biens économiques, au plan desquels avait lieu la rémission des dettes ; et par-dessus tout l’homme, dont la dignité et la liberté étaient réaffirmées, grâce à la libération des esclaves. L’Année de Dieu était donc aussi l’Année de l’Homme, l’Année de la Terre, l’Année des Pauvres ; et sur cette réalité de l’univers matériel et de la vie humaine brillait une lumière nouvelle qui provenait de la reconnaissance du souverain domaine de Dieu sur toutes choses.

Il Nous semble que dans le monde d’aujourd’hui également, les problèmes qui agitent et tourmentent le plus l’humanité — problèmes économiques et sociaux, écologiques et énergétiques, et surtout la libération des opprimés et l’élévation de tous les hommes à une plus grande dignité de vie — sont éclairés par le message de l’Année Sainte,

Mais nous voudrions inviter tous les fils de l’Eglise et spécia­lement tous les pèlerins qui viendront à Rome, à s’engager sur certains points concrets que, comme successeur de Pierre et Chef de l’Eglise, qui préside à l’assemblée de la charité35, Nous si­gnalons publiquement et recommandons à l’attention de tous. Il s’agit de réaliser des œuvres de charité et de foi au service des plus nécessiteux de nos propres frères, à Rome et dans les autres Eglises du monde. Ce ne seront certes pas des œuvres grandioses, bien qu’elles ne soient pas à exclure ; en bien des cas, il suffira de choses modestes, de micro-réalisations, comme on dit aujourd’hui, qui répondront cependant à l’esprit de charité évangélique. Il peut se faire qu’en ce domaine l’Eglise doive se limiter toujours davantage et n’offrir aux hommes que « l’obole de la veuve »36, étant donné l’exiguïté de ses ressources : mais elle sait et enseigne que le bien qui compte davantage est celui qui, par des moyens modestes et souvent inconnus, par­vient à secourir les petites nécessités, à guérir les petites blessures, qui souvent ne tiennent aucune place dans les grands projets de réforme sociale.

Cependant, l’Eglise éprouve le besoin d’encourager aussi les grandes entreprises pour la justice et le progrès des peuples, c’est pourquoi elle renouvelle son appel à tous ceux qui ont la possibilité et le devoir, en raison de leurs fonctions, d’instaurer dans le monde un ordre plus parfait des rapports humains et sociaux, afin qu’ils ne renoncent pas à ce travail à cause des difficultés du moment et ne se laissent pas déborder par des in­térêts partisans.

Encore une fois, Notre appel veut être particulièrement vi­brant en faveur des pays en voie de développement et des po­pulations toujours affligées par la famine ou par la guerre. Qu’on s’efforce de répondre aux nombreux besoins, souvent urgents, de notre époque, comme par exemple : le travail à assurer à ceux qui doivent en tirer leurs moyens de vivre ; le logement, dont beaucoup manquent ; l’enseignement, qui doit être favo­risé de multiples manières ; l’aide sociale et médicale, sans ou­blier de promouvoir et de garantir l’honnêteté des mœurs publiques.

Qu’il Nous soit permis, enfin, d’exprimer humblement et franchement le vœu qu’au cours de la présente Année Sainte — selon la tradition des Jubilés anciens — les autorités compé­tentes des divers pays envisagent la possibilité de concéder, se­lon les suggestions de leur sagesse, une remise de peine inspirée par la clémence et l’équité, spécialement en faveur des prisonniers qui ont donné la preuve suffisante d’une réhabilitation morale et civile, ou qui ont été mêlés de façon fâcheuse à des situations de désordre politique et social qui les dépassent et dont ils ne peuvent être tenus pour pleinement responsables.

Et maintenant, Nous exprimons notre gratitude et Nous adressons la Bénédiction du Seigneur à tous ceux qui s’emploieront à ce que ce message de charité, d’esprit social et de liberté, que l’Eglise lance ouvertement avec la vive espérance qu’il soit écouté et compris de tous, soit effectivement reçu et traduit dans les réalités d’ordre social et politique. En parlant ainsi et en formant de tels souhaits, Nous avons conscience de nous avancer sur le chemin d’une admirable tradition qui, commen­çant avec la loi d’Israël, a trouvé sa plus haute expression dans le Seigneur Jésus-Christ. Dès le début de son ministère, il se présenta lui-même comme le réalisateur des anciennes promes­ses et des figures en rapport avec l’Année du Jubilé : L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que Yahvé m’a oint ; Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont cœur contrit, annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, rendre la li­berté aux opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur31.

 

VI.

 

S’il est un fruit de l’Année Sainte qui nous tient spéciale­ment à cœur, c’est celui d’un accroissement du nombre de ceux qui consacrent toute leur vie au service de l’Eglise, c’est-à-dire spécialement des vocations sacerdotales et religieuses. Afin que les moyens de grâce et de salut que l’Année Sainte signale spé­cialement à l’attention de tous les fidèles et met à leur disposi­tion soient bien expliqués et administrés, il y aura toujours be­soin de ministres sacrés, tout comme il y aura aussi toujours besoin de témoins de l’Evangile du Christ qui montrent à leurs frères, c’est-à-dire aux hommes d’aujourd’hui et de demain, par leur total attachement au Seigneur, le chemin de la péni­tence et de la sainteté.

Il faut donc être attentifs à écouter la voix de Dieu. Elle ne manque jamais d’appeler et d’inviter des hommes choisis à se donner et à se vouer au service de l’Eglise et du monde entier en exerçant le sacerdoce ministériel et en rendant fidèlement un témoignage de vie religieuse. Les uns sont appelés par Dieu à s’offrir à lui par l’obéissance et le célibat sacré pour enseigner, sanctifier et conduire comme prêtres du Christ, le peuple fidèle partout où ils seront ; de même d’autres, hommes et femmes, d’âges et de conditions divers, sont attirés vers la vie religieuse pour vivre totalement dans l’Esprit et servir vraiment l’Eglise et la société dans l’accomplissement des promesses du baptême par un mode de vie plus élevé. C’est pourquoi Nous souhaitons grandement que le nombre de ces fidèles du Christ privilégiés grandisse et soit de plus en plus florissant afin que, par leur sacerdoce et leur vie religieuse, le message joyeux du Christ parvienne aux extrémités de la terre et rende gloire au Père céleste.

 

VII.

 

Nous voulons, enfin, proclamer que la réconciliation entre les chrétiens est un des buts principaux de l’Année Sainte. La réconciliation de tous les hommes avec Dieu, notre Père, présup­pose, en effet, le rétablissement de la communion entre ceux qui ont déjà, dans la foi, reconnu et accueilli Jésus-Christ, comme le Seigneur de la miséricorde, qui libère et unit dans l’Esprit d’amour et de vérité. De cette façon, l’Année Jubilaire, que l’Eglise catholique a assumée comme une part de sa propre tradition, peut constituer une période exceptionnelle de renou­vellement spirituel et aussi de progrès pour l’unité des chrétiens.

Nous rappelons que le Concile Vatican II a enseigné que toute recherche et toute réalisation de la réconciliation entre tous les chrétiens, de même que tout véritable œcuménisme, doivent nécessairement partir d’une certaine conversion inté­rieure, parce que le désir de l’unité naît et mûrit par le renou­veau de l’esprit, par l’abnégation de soi-même, par le plein exercice de la charité, par la fidélité à la vérité révélée38.

Le mouvement œcuménique, auquel l’Eglise catholique donne autant qu’elle le peut son adhésion et par lequel les Eglises et les communautés qui se sont pas encore en plein communion avec le Siège Apostolique désirent et recherchent l’unité par­faite voulue par le Christ, trouve dans ce thème une de ses plus concrètes réalisations. Rétablir l’unité dans la pleine communion ecclésiale est, en effet, une responsabilité et un engagement pour toute l’Eglise39. L’Année de grâce est donc, en ce sens, un temps opportun pour faire pénitence de manière particulière pour les divisions entre chrétiens, une occasion de renouveau en tant qu’expérience approfondie de la vie de sainteté qui est dans le Christ, et un pas vers la réconciliation dans l’intensification du dialogue et de la collaboration concrète des chrétiens pour le salut du monde : Qu’ils soient un en nous, afin que le monde croie40.

Nous avons exprimé, une fois encore, nos intentions et nos vœux au sujet de la célébration de l’Année Sainte à Rome. Nous invitons maintenant nos Frères dans l’Episcopat, tous les pasteurs et les fidèles des Eglises dispersées dans le monde, éga­lement ceux des Eglises qui ne sont pas pleinement unies à l’Eglise romaine, et aussi tous ceux qui croient en Dieu, à parti­ciper au moins spirituellement à cette table de la grâce et de la rédemption, où le Christ lui-même s’offre à nous comme maî­tre de vie. Avec eux et avec leurs fidèles venus en pèlerins aux tombeaux des Apôtres et des premiers Martyrs. Nous désirons professer notre foi en Dieu le Père tout-puissant et miséricordieux et en Jésus-Christ notre Rédempteur.

Pour notre part, Nous voudrions que tous ceux qui viennent à Rome pour « voir Pierre »41, puissent expérimenter plus clai­rement en notre personne, au cours de l’Année Sainte, la vérité de ce qu’écrivait Saint Léon le Grand : Dans l’Eglise tout entière, en effet, Pierre répète chaque jour : « Tu es le Christ, le Fils de Dieu vivant » et toute langue qui confesse le Seigneur est inspirée par l’ensei­gnement de cette voix42.

Voici ce que Nous voudrions, ce que Nous désirerions : qu’une grande multitude de fidèles s’approche des fontaines du Sau­veur43, grâce à notre ministère et à celui de nos frères dans le sacerdoce ; que la Porte Sainte, que nous ouvrirons durant la nuit de la vigile de la Nativité, soit le signe certain d’un nouvel accès au Christ, qui seul est la Route44 et la Porte45 et aussi le symbole de la charité paternelle avec laquelle Nous ouvrons notre cœur à tous, avec des pensées d’amour et de paix.

Nous prions la Vierge très sainte, vénérable Mère du Rédemp­teur et aussi de l’Eglise, Mère de la Grâce et de la Miséricorde, servante de la Réconciliation, modèle absolument resplendissant de la vie nouvelle, d’intercéder près de son Fils pour que soit accordée à tous nos frères et fils la grâce rénovatrice et sal­vatrice de l’Année Sainte dont Nous confions l’ouverture, le dé­roulement et l’achèvement parfait entre ses mains et à son cœur de Mère.

Nous voulons que ce document acquière pour le présent et le futur sa pleine vigueur en sorte que tout ce que Nous y avons exposé et décrété soit observé religieusement par tous ceux qui sont concernés et soit donc efficace, nonobstant toutes choses contraires. Tout ce qui, sciemment ou non, serait fait à l’en­contre de ce que Nous avons établi Nous le déclarons nul et non avenu.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, en la solennité de l’Ascension du Seigneur, le 23 mai de l’année 1974, onzième de notre Pontificat.

 

PAUL

évêque de l’église catholique

 

NOTES

 

1 Cf. st. léon le grand, Sermon LXXXII, 1 : PL 54, 522.

2 Cf. Ap 21, 14.

3 Cf. le témoignage de Gaius, homme d’Eglise de l’époque du Pape Zéphyrin, rapporté dans eusebe, Histoire ecclésiastique, II, 25, 7.

4 Cf. Inscription d’Abercius, Évêque de Hiérapolis en Phrygie (ne siècle): M. guarducci, L’iscrizione di Abercio, dans Ancient Society 2, 1971, pp. 176-177.

5 Cf. st maxime de turin, Homélie 72 : PL 57, 405 B.

6 L’expression se trouve dans une lettre adressée en 613 par saint Colomban au Pape Boniface IV: Sancti Columbani opera, éd. G.S.M. Walker, Dublin 1957, p. 48.

7 Au sujet de cette coutume, cf. F. M. mionanti, Istoria della sacrosanta basilica Vaticana..., Roma-Torino, 1867, p. 180.

8 Cf., pour l’ensemble, B. kotting, Peregrinatio religiosa. Wallfahrten in der Antike und das Pilgerwesen in der alten Kirche, Regensburg 1950.

9 R. foreville, L’idée de Jubilé chez les théologiens et les canonistes (XII°-XIII° siècles) avant l’institution du Jubilé romain (1300), dans Revue d’Histoire Ecclésiastique, LVI, 1961, pp. 401-423.

10 P. pressuti, Regesta Honorii III, Roma 888-95, 1840, le texte est cité dans R. foreville, Le Jubilé de Saint Thomas Becket du XIII° au XV° siècle (1220-1470). Etudes et documents, Paris 1958, pp. 163-164.

11 Bulle Antiquorum habet fida relatio, du 22 février 1300: Extravagantes comm. V, IX, 1.

12 Cf. Glossa du Cardinal Jean Monaco au sujet de cette Bulle.

13 Cf. paul VI, Allocutio qua christifidelibus in Basilica Vaticana coram admissis nuntiat Se universale Jubilaeum in annum MCMLXXV indicturum, 9 mai 1973 : AAS 65, 1973, pp. 322-325; Documentation catholique, t. 70, Paris 1973, pp. 501-503.

14 Cf. 2 Co 5, 18-20; Rm 5, 10.

15 Cf. Lc 10, 42 ; Mt 6, 33.

16 Const. Apost. Indulgentiarum Doctrina: AAS 59, 1967, pp. 5-24; Documentation catholique, t. 64, Paris 1967, c. 197-218.

17 Cf. Notre lettre Imziandosi ufficialmente du 31 mai 1973 au Cardinal Maximilien de Furstenberg au sujet du Jubilé universel de 1975: AAS 65, 1973, pp. 357-360; Documentation catholique, t. 70, Paris 1973, pp. 607-608.

18 Const. Apost. Indulgentiarum Doctrina, 5 : AAS 59, 1967, p. 11; Documentation catholique, t. 64, Paris 1967, c. 205.

19 Cf. Jn 1, 16.

20 Const. Apost. Indulgentiarum Doctrina, 5 : AAS 59, 1967, pp. 10-11; Documentation catholique t. 64, Paris 1967, c. 204 ; Cf. st thomas, Somme Théologique, III, q. 48, a. 2, ad 1, et q. 49, a. 1.

21 Const. Apost. Indulgentiarum Doctrina, 4 : AAS 59, 1967, p. 9; Documentation catholique, t. 64, Paris 1967, c. 202.

22 Const. Apost. Indulgentiarum Doctrina, 8 : AAS 59, 1967, p. 16; Documentation catholique, t. 64, Paris 1967, c. 210.

23 Cf. Notre lettre Sacrosancta Portiunculae ecclesia, du 14 juillet 1966, au R. P. Constantin Koser, Vicaire général de l’Ordre des Frères Mineurs, pour le sept-cent cinquantième anniversaire de « l’Indulgence de la Portioncule » concédée à Saint François par le Pape Honorius III : AAS 58, 1966, pp. 631-634.

24 Const. Apost. Indulgentiarum Doctrina, 8 : AAS 59, 1967, p. 17; Documentation catholique, t. 64, Paris 1967, c. 210.

25 Cf. Ench. Irtdulg., norma n. 24, paragraphe  1.

26 Cf. Ench. Indulg., norma n. 4.

27 Cf. Notre « Motu Proprio » Pastorale Munus, I, 14 : AAS 56, 1964, p. 8; Documentation catholique, t. 61, Paris 1964, c. 11.

28 Cf. Prima Synodus Romana, a. D. mcmlx, art. 63.

29 Ad Gentes, 1: AAS 58, 1966, p. 947.

30 Ad Gentes, 2: AAS 58, 1966, p. 948.

31 Discours aux membres du Secrétariat général du Synode des Evêques : L’Osservatore Romano, 6 avril 1974, p. 4.

32 Cf. 1 P 3, 15.

33 Cf. Rm 15, 2 ; 1 Co 14, 3 ; Ep 4, 12.

34 Lc 25, 8 sq.

35 Cf. st ignace d’antioche, Epist. ad Romanos, Inscr.: funk 1, 252; S Sh 10, p. 125.

36 Cf. Lc 21, 2 ; Mc 12, 42.

37 Lc 4, 18-19.

38 Cf. Unitatis Redintegratio, 7 : AAS 57, 1965, p. 97.

39 Cf. Unitatis Redintegratio, 5 : AAS 57,  1965, p. 96.

40 Jn. 17, 21.

41 Cf. Ga 1, 18.

42 Sermon III; PL 54, 146.

43 Cf. Is 12, 3.

44 Cf. Jn 14, 6.

45 Cf. Jn 10, 7, 9.

 

 

 

8 décembre

EXHORTATION APOSTOLIQUE DE S.S. LE PAPE PAUL VI SUR LA RÉCONCILIATION À L’INTÉRIEUR DE L’ÉGLISE

 

Vénérables Frères et chers Fils,

Salut et Bénédiction Apostolique

 

Avec affection, avec confiance et espérance, Nous nous adres­sons à vous tous, Frères dans l’Episcopat, membres très aimés du clergé, des familles religieuses et du laïcat catholique, à quelques jours de l’ouverture de l’Année Sainte à Rome, auprès des basiliques des Apôtres, alors que vous venez, avec piété et en harmonie de sentiment et de volonté, de célébrer le Jubilé au cœur de chaque Eglise locale.

C’est un événement de grande importance, pour le monde entier qui regarde l’Eglise, mais surtout pour les fils de l’Eglise elle-même, qui sont conscients de la richesse de son mystère de sainteté et de grâce si bien mis en lumière par le récent Concile. C’est donc à eux que Nous nous adressons pour les inviter cha­leureusement à la charité, à l’union réciproque, dans l’esprit de la réconciliation propre à l’Année Sainte, dans le lien de l’unique charité du Christ.

En effet, dès le moment où, le 9 mai 1973, Nous avons mani­festé notre décision de célébrer l’Année Sainte en 1975, Nous avons indiqué également la fin première de cette célébration spirituelle et pénitentielle : la réconciliation, fondée sur la con­version à Dieu et sur le renouveau intérieur de l’homme, afin de remédier aux ruptures et aux désordres dont souffrent au­jourd’hui l’humanité et la communauté ecclésiale elle-même1.

Lorsqu’ensuite la célébration jubilaire, selon notre décision, fut commencée dans les Eglises Particulières à partir de la Pentecôte 1973, Nous n’avons manqué aucune occasion d’en accompagner le déroulement, par nos interventions doctrinales et pastorales et par de pressants rappels à cette finalité, que Nous jugeons en parfaite harmonie avec l’esprit le plus authen­tique de l’Evangile et avec les voies du renouveau tracées par le Concile Vatican II pour toute l’Eglise.

Celle-ci, instituée par le Christ comme un témoignage per­manent de la réconciliation qu’il a opérée pour accomplir la volonté du Père2 a pour tâche de « rendre présents et comme visibles Dieu le Père et son Fils incarné, en se renouvelant et en se purifiant sans cesse »3. Il Nous a donc paru nécessaire, pour que cette tâche soit toujours mieux accomplie, de mettre l’accent sur l’urgence pour tous, dans l’Eglise de promouvoir « l’unité de l’Esprit par ce lieu qu’est la paix » (Ep 4, 3).

Aussi, à l’approche de la solennité de la Nativité du Seigneur, — date que Nous avons fixée pour l’ouverture du Jubilé univer­sel à Rome4, — Nous adressons cette Exhortation aux Pasteurs et aux Fidèles de l’Eglise, afin que tous se fassent artisans et promoteurs de réconciliation avec Dieu et avec nos frères, et que le prochain Noël de l’Année Sainte, soit vraiment pour le monde le « Noël de paix »5, comme le fût celui du Sauveur.

 

1. L’Eglise, monde réconcilié et réconciliant

 

L’Eglise, depuis ses origines, a été consciente de la transfor­mation effectuée par l’œuvre rédemptrice du Christ, et elle a proclamé cette joyeuse annonce ; par elle, le monde est devenu une réalité radicalement nouvelle (cf. 2 Co 5, 17), dans laquelle les hommes ont retrouvé Dieu et l’espérance (cf. Ep 2, 12), et, depuis lors, sont rendus participants de la gloire de Dieu « par notre Seigneur Jésus-Christ par qui dès à présent nous avons obtenu la réconciliation » (Rm 5, 11).

Une telle nouveauté est due exclusivement à la miséricordieuse initiative de Dieu (cf. 2 Co 5, 18-20 ; Col 1, 20-22) ; elle vient au secours de l’homme qui, éloigné de Lui par sa propre faute, ne pouvait plus retrouver la paix avec son Créateur.

Cette initiative de Dieu, par ailleurs, s’est concrétisée grâce à une intervention directement divine. Il ne s’est pas contenté en effet de nous pardonner, Il ne s’est pas servi non plus d’un homme ordinaire comme intermédiaire entre nous et Lui ; mais Il a établi son « Fils unique comme intercesseur de paix6 » : « Lui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en Lui nous devenions justice de Dieu » (2 Co 5, 21). Le Christ, en mourant pour nous, a réellement « effacé, au détri­ment des ordonnances légales, la cédule de notre dette, qui nous était contraire : Il l’a supprimée en la clouant à la croix » (Col 2, 14) ; et, par la croix, Il nous a réconciliés avec Dieu : « en sa personne Il a tué la haine» (Ep 2, 16).

La réconciliation, réalisée par Dieu dans le Christ crucifié, s’inscrit dans l’histoire du monde, qui compte désormais parmi ses composantes irréversibles l’événement de Dieu qui s’est fait homme et est mort pour le sauver. Mais elle trouve en perma­nence son expression historique dans le Corps du Christ, qui est l’Eglise, dans laquelle le Fils de Dieu appelle « ses frères d’entre toutes les nations »7; en tant que Tête (cf. Col 1, 18), il est le principe d’autorité et d’action qui fait d’elle sur la terre le « monde réconcilié »8.

Puisque l’Eglise est le Corps du Christ et que le Christ est le « sauveur de son Corps » (Ep 5, 23), tous, pour être de dignes membres de ce Corps, doivent, par fidélité à leurs engagements de chrétiens, contribuer à le maintenir dans sa nature originelle de communauté de réconciliés, dérivant du Christ, notre paix (cf. Ep 2, 14), qui « nous a établis dans la paix »9. Une fois qu’on l’a reçue, en effet, la réconciliation est, comme la grâce et comme la vie, un stimulant, un courant qui transforme ses bénéficiaires, les poussant à agir pour elle et à la transmettre. Pour tout chré­tien, elle est le critère de son authenticité dans l’Eglise et dans le monde : « Commence donc par toi l’œuvre de paix, afin que, une fois devenu l’homme de paix, tu portes la paix aux autres »10.

Le devoir de promouvoir la paix concerne personnellement tous et chacun des fidèles ; et si ce devoir n’est pas accompli, même le sacrifice culturel que l’on veut offrir reste inefficace (cf. Mt 5, 23 s.). La réconciliation réciproque participe en effet de la valeur même du sacrifice et constitue avec ce dernier une unique offrande agréable à Dieu11. Par ailleurs, pour qu’un tel devoir soit effectivement accompli et pour que la réconci­liation, qui s’opère dans l’intimité du cœur, ait aussi un carac­tère public comme la mort du Christ qui la procure, le Seigneur a conféré aux Apôtres et aux Pasteurs de l’Eglise, leurs succes­seurs, le « ministère de la réconciliation » (2 Co 5, 18). Ceux-ci, par conséquent, « assumant en quelque sorte la personne du Christ »12, sont mandatés de façon stable « pour élever leur troupeau dans la vérité et dans la sainteté»13.

L’Eglise, parce que « monde réconcilié », est donc aussi, par nature et de façon permanente, réconciliante ; en tant que telle, elle est présence et action de Dieu « qui dans le Christ, se récon­cilie le monde » (2 Co 5, 19). Cette présence et cette action s’ex­priment avant tout dans le baptême, dans le pardon des péchés et dans la célébration eucharistique, actualisation du sacrifice rédempteur du Christ et signe efficace de l’unité du Peuple de Dieu14.

 

2. L’Eglise, Sacrement d’unité

 

La réconciliation, sous son double aspect de paix retrouvée entre Dieu et les hommes et des hommes entre eux, est le pre­mier fruit de la Rédemption; comme cette dernière, elle a des dimensions universelles aussi bien en extension qu’en intensité. En elle, par conséquent, est impliquée toute la création « jus­qu’aux temps de la restauration universelle » (Ac 3, 21), lorsque toutes les créatures se retrouveront de nouveau avec le Christ, le premier-né d’entre les morts ressuscites (cf. Col 1, 18).

Et puisque la réconciliation trouve une expression privilégiée et une caractère plus intense dans l’Eglise, celle-ci est en quel­que sorte le « sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain »15; autrement dit, le centre de rayonnement de l’u­nion des hommes avec Dieu et de l’unité entre eux, centre qui, en s’affirmant progressivement dans le temps, trouvera son accomplissement dans la consommation des siècles.

Pour pouvoir exprimer pleinement une telle sacramentalité, à laquelle est liée sa propre raison d’être, il faut que l’Eglise, comme il est requis pour tout sacrement, soit un signe qui manifeste quelque chose ; autrement dit, il faut qu’elle réalise et vérifie la concorde et la convergence de doctrine, de vie et de culte qui caractérisèrent ses premiers jours (cf. Ac 2, 42) et qui restent pour toujours son élément essentiel (cf. Ep 4, 4-6 ; 1 Co 1, 10). Cette concorde — à l’inverse de toute division, qui por­terait atteinte à l’unité de l’ensemble — ne peut qu’augmenter la force de son témoignage ; elle révèle les raisons de son exis­tence et rend plus claire sa crédibilité.

Il est nécessaire pour cela que tous les fidèles, afin de coopérer aux desseins de Dieu sur le monde, persévèrent dans la fidélité à l’Esprit Saint, lequel unifie l’Eglise « dans la communion et le service » et, « par la vertu de l’Evangile, la rajeunit et la renouvelle sans cesse, l’acheminant à l’union parfaite avec son Epoux »16. Cette fidélité ne pourra pas ne pas avoir d’heureuses répercussions œcuméniques sur la recherche de l’unité visible de tous les chrétiens, de la manière voulue par le Christ, en une seule et même Eglise, qui sera ainsi un ferment plus efficace de cohésion fraternelle dans la communauté des peuples.

 

3. Obscurcissements de la sacramentalité de l’Eglise

 

Toutefois, « bien que l’Eglise, par la vertu de l’Esprit Saint, soit restée l’épouse fidèle de son Seigneur et n’ait jamais cessé d’être dans le monde le signe du salut, elle sait fort bien que, au cours de sa longue histoire, parmi ses membres, clercs et laïcs, il n’en manque pas qui se sont montrés infidèles à l’Esprit de Dieu »17.

En réalité, « dans cette seule et unique Eglise de Dieu appa­rurent dès l’origine certaines scissions, que l’Apôtre réprouve avec vigueur comme condamnables »18. Quand, par la suite, survinrent les ruptures bien connues qu’on ne sut endiguer, l’Eglise surmonta la situation de dissension intérieure, en réaf­firmant clairement, comme une condition essentielle de communion, les principes capables de maintenir intacte son unité constitutive, et permettant de la manifester « dans la profession d’une seule foi, dans la célébration commune du culte divin, dans la concorde fraternelle de la famille de Dieu »19.

Mais également périlleux, au point de requérir cette clarifi­cation et cette invitation à l’unité, apparaissent les ferments d’infidélité à l’Esprit Saint qui se trouvent ça et le dans l’Eglise d’aujourd’hui et qui tentent, hélas, de la miner de l’intérieur. Les promoteurs et les victimes de ce processus, peu nombreux en réalité par rapport à l’immense majorité des fidèles, prétendent demeurer dans l’Eglise avec les mêmes droits et les mêmes possibilités d’expression et d’action que les autres, pour attenter à l’unité ecclésiale. Ils ne veulent pas reconnaître dans l’Eglise une réalité unique résultant d’un double élément humain et divin, analogue au mystère du Verbe Incarné, qui la constitue « communauté de foi, d’espérance et de charité sur la terre, comme un tout visible », par laquelle le Christ « répand la vé­rité et la grâce à l’intention de tous »20, et ils s’opposent par con­séquent à la Hiérarchie, comme si tout acte d’une opposition de ce genre était un moment constitutif de la vérité sur l’Eglise qu’il s’agirait de faire redécouvrir telle que le Christ l’aurait instituée. Ils mettent en cause le devoir de l’obéissance à l’au­torité voulue par le Rédempteur, ils mettent en état d’accusa­tion les Pasteurs de l’Eglise, moins pour ce qu’ils font ou pour la façon dont ils le font, que parce que tout simplement, comme ils l’affirment, ils seraient les gardiens d’un système ou d’un appareil ecclésiastique qui fait concurrence à l’institution du Christ. De cette façon, ils sèment la confusion dans la commu­nauté entière, y introduisant le fruit de théories dialectiques étrangères à l’esprit du Christ. En utilisant les paroles de l’E­vangile, ils en altèrent le sens. Nous observons avec peine cet état de choses, même si, comme Nous l’avons dit, il est le fait d’un bien petit nombre par rapport à la grande masse des chrétiens fidèles. Mais Nous ne pouvons pas ne pas Nous élever avec la vigueur de Saint Paul contre ce manque de loyauté et de justice. Nous faisons appel à tous les chrétiens de bonne vo­lonté, pour qu’ils ne se laissent pas impressionner ni désorien­ter par les pressions indues de frères qui ont, hélas, dévié et qui pourtant demeurent toujours présents à notre prière et proches de notre cœur.

Quant à Nous, Nous réaffirmons que l’unique Eglise du Christ, « comme société constituée et organisée en ce monde, se trouve dans l’Eglise catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques qui sont en communion avec lui, bien que des éléments nombreux de sanctification et de vérité subsistent hors de ses structures »21; Nous réaffirmons aussi que les Pasteurs de l’Eglise, qui président au peuple de Dieu en son nom, avec l’humilité des serviteurs, mais aussi avec l’assurance des Apôtres (cf. Ac 4, 31) auxquels ils succèdent, ont le droit et le devoir de proclamer : « Tant que... nous sommes sur ce siège, tant que nous présidons, nous avons l’autorité et la force, quand bien même nous serions indignes »22.

 

4. Secteurs d’obscurcissement de la sacramentalité de l’Eglise

 

Le processus que Nous avons décrit prend la forme d’une dis­sension doctrinale, qui se veut patronnée par le pluralisme théo­logique, et qui est fréquemment poussée jusqu’au relativisme dogmatique, ledit pluralisme se trouve parfois considéré comme un « lieu théologique » légitime, qui amène à des prises de po­sition contre le magistère authentique du Pontife Romain lui-même et de la Hiérarchie épiscopale, seuls interprètes autori­sés de la Révélation divine contenue dans la Tradition et dans l’Ecriture23.

Nous reconnaissons au pluralisme de recherche et de pensée, qui explore et expose le dogme de façons différentes, mais sans en éliminer l’identique signification objective, un droit, de cité légitime dans l’Eglise, en tant que composante naturelle de sa catholicité, et signe de richesse culturelle et d’engagement per­sonnel de ceux qui en font partie. Nous reconnaissons aussi les valeurs inestimables qu’il introduit dans le domaine de la spi­ritualité chrétienne, des institutions ecclésiales et religieuses, com­me des expressions liturgiques et des normes disciplinaires ; valeurs se retrouvant dans cette « variété convergeant dans l’unité », qui « montre avec plus d’éclat la catholicité de l’Eglise indivise »24.

Bien plus, Nous admettons qu’un pluralisme théologique équilibré trouve son fondement dans le mystère même du Christ, dont les insondables richesses (cf. Ep 3, 8) transcendent les capacités d’expression de toutes les époques et de toutes les cul­tures. La doctrine de la foi, qui dérive nécessairement de ce mystère — puisque, par rapport au salut « le mystère de Dieu n’est rien d’autre que le Christ » 25 — réclame donc toujours de nouvelles investigations. Les perspectives de la Parole de Dieu sont en réalité si nombreuses, et si nombreuses les perspectives des fidèles qui l’étudient26, que la convergence dans la même foi n’est jamais exempte de particularités personnelles dans l’adhésion de chacun. Toutefois, les accents divers mis dans la compréhension de la même foi ne préjugent pas de son con­tenu essentiel, car celui-ci trouve son unité dans l’adhésion com­mune au magistère de l’Eglise. Ce même magistère qui, comme norme prochaine, est déterminant de la foi de tous, garantit en même temps chacun contre le jugement subjectif de toute interprétation divergente de la foi.

Mais que dire d’un pluralisme qui considère la foi et son énoncé non pas comme un héritage commun, et donc ecclésial, mais comme une redécouverte individuelle de la libre critique et du libre examen de la Parole de Dieu ? En effet, sans la médi­tation du magistère de l’Eglise, auquel les Apôtres confièrent leur propre magistère 27 et qui, par conséquent, n’enseigne « que ce qui fut transmis »28, le rattachement certain au Christ par l’intermédiaire des Apôtres, c’est-à-dire de « ceux qui transmet­tent ce qu’ils ont eux-mêmes reçu »29, reste compromis. Pour cette raison, une fois compromise la persévérance dans la doc­trine transmise par les Apôtres, il advient que, peut-être en voulant éluder les difficultés du mystère, on cherche des for­mules à la compréhensibilité illusoire qui en dissolvent le con­tenu réel ; on construit ainsi des doctrines qui n’adhèrent pas à l’objectivité de la foi ou qui lui sont directement contraires, et qui vont jusqu’à se cristalliser dans la coexistence de concep­tions opposées même entre elles.

Il ne faut pas non plus se cacher que chaque fléchissement en ce qui concerne l’identité de la foi entraîne aussi une baisse dans l’amour du prochain.

En effet, ceux qui ont perdu la joie que donne la foi (cf. Ph 1, 25) sont poussées à tirer leur gloire les uns des autres et à ne pas chercher celle qui vient du seul Dieu (cf. Jn 5, 44), au détriment de la communion fraternelle.

Au sens de l’Eglise, qui fait reconnaître à tous la même di­gnité et la même liberté des enfants de Dieu30, on ne peut pas substituer l’esprit de clan qui porte à des choix discriminatoires, et prive ainsi la charité même de son support naturel qui est la justice. Vaine serait l’intention de transformer en mieux la communion ecclésiale en fonction de ce que l’on vit au niveau du groupe.

Ne devons-nous pas, au contraire, nous perfectionner tous à travers l’Evangile ? Et où manifeste-t-il comme entièrement opérante sa vertu divinement connaturelle, sinon dans l’Eglise, par l’apport de tous les croyants indistinctement ?

En fin de compte, un tel esprit de clan se reflète également de façon négative dans la nécessaire convergence de culte et de prière, et se traduit par un isolement dicté par un esprit de présomption qui n’est certes pas évangélique et qui exclut la justification aux yeux de Dieu (cf. Lc 18, 10-14).

Nous nous efforçons de comprendre cette situation dans ses racines, et Nous la rapprochons de la situation analogue dans laquelle vit la société civile d’aujourd’hui, fractionnée en groupes opposés l’un à l’autre. Malheureusement l’Eglise semble subir un peu elle aussi le contre-coup de telles circonstances : mais elle ne doit pas assimiler ce qui constitue plutôt un état pathologique. L’Eglise doit conserver son originalité de famille unifiée dans la diversité de ses membres; bien plus, elle doit être le levain qui aide la société à réagir, comme on disait des premiers chrétiens : « Voyez comme ils s’aiment ! »31. Ayant devant les yeux ce tableau de la première communauté — ta­bleau non certes idyllique, mais portant la marque d’une maturité conquise dans l’épreuve et la souffrance — Nous deman­dons à tous de dépasser les diversités illégitimes et dangereuses, pour se reconnaître des frères que l’amour du Christ unit.

 

5. Polarisation de la dissension

 

Les oppositions internes qui affectent les divers secteurs de la vie ecclésiale aboutissent, lorsqu’elles en viennent à se sta­biliser en un état de dissidence, à opposer à l’unique institution et communauté de salut une pluralité «d’institutions ou com­munautés de la dissension » qui ne sont pas conformes à la nature de l’Eglise: cette dernière, s’il venait à se créer des frac­tions opposées et des factions rivées sur des positions absolu­ment inconciliables, perdrait en effet son propre tissu consti­tutionnel. Survient alors la « polarisation de la dissension », en vertu de laquelle tout l’intérêt est concentré sur les groupes respectifs, pratiquement autocéphales, chacun d’eux estimant rendre honneur à Dieu. Cette situation porte en elle-même et introduit dans la communion ecclésiale, pour autant qu’elle le peut, les germes de la désagrégation.

Nous souhaitons vivement que la voix de la conscience con­duise les individus à un processus de réflexion qui les porte à un choix plus conscient. Nous conjurons tous et chacun d’entreprendre cette démarche : « Scrute le secret le plus intime de ton cœur et pénètre, en explorateur diligent, dans tous les replis de ton âme »32. Nous voudrions réveiller en chacun la nostalgie de ce qu’il a perdu : « Rappelle-toi d’où tu es tombé, repens-toi, reprends ta conduite première » (Ap 2, 5). Nous voudrions aussi exhorter chacun à reconsidérer le prodige divin qui s’est accom­pli en lui, et à en saisir devant le Seigneur les exigences qui le conditionnent : « Il n’y a rien que le chrétien ne doive craindre davantage que d’être séparé du corps du Christ. Car s’il est séparé du Corps du Christ, il n’en est pas membre ; s’il n’en est pas membre il n’est pas animé par son Esprit. Mais, dit l’Apôtre, celui qui n’a pas l’Esprit du Christ, celui-là n’est pas de lui » 33.

 

6. Ethique et dynamique de la réconciliation

 

Il est donc d’une nécessité vitale que tous dans l’Eglise, évêques, prêtres, religieux, laïcs, prennent une part active à un effort commun de pleine réconciliation, afin qu’en tous et entre tous soit reconstruite la paix, « qui nourrit l’amour et engen­dre l’unité »34. Que chacun se montre donc un disciple toujours plus docile du Seigneur, qui fait de la réconciliation entre nous la condition pour obtenir le pardon du Père (cf. Mc 11, 26), et de la charité mutuelle la condition pour être reconnus comme ses disciples (cf. Jn 13, 35). C’est pourquoi, quiconque se sen­tirait de quelque façon impliqué dans cette situation de division doit se remettre à écouter la voix du Christ qui le harcèle de manière irrésistible, même lorsqu’il se dispose à prier : « Va d’abord te réconcilier avec ton frère » (Mt 5, 24).

Que tous, en même temps, dans des mesures et selon des for­mes diverses en fonction de la position et de la situation de cha­cun, en reconsidérant l’œuvre rédemptrice de Dieu à notre égard, s’emploient à créer le climat adapté pour que la récon­ciliation devienne effective. Puisque nous avons été réconciliés avec Lui par la seule initiative de son amour, que notre compor­tement soit empreint de bienveillance et de miséricorde, nous pardonnant mutuellement comme Dieu nous a pardonné dans le Christ (cf. Ep 4, 31-32). Et puisque notre réconciliation dé­rive du sacrifice du Christ mort volontairement pour nous, la Croix, plantée comme un grand mât dans l’Eglise pour la guider dans sa navigation dans le monde35, doit être l’inspiratrice de nos relations réciproques, pour qu’elles soient toutes vraiment chrétiennes. Toutes ces relations doivent comporter un certain renoncement personnel. Il s’ensuivra une ouverture fraternelle aux autres, permettant de faire volontiers reconnaître les capa­cités de chacun, et permettant à tous d’apporter leur propre contribution à l’enrichissement de l’unique communion ecclésiale, « en sorte que le tout et chacune des parties s’accroissent par un échange mutuel universel et par un effort commun vers une plénitude dans l’unité »36. En ce sens, on peut s’accorder sur le fait que l’unité bien comprise laisse à chacun la possibilité de développer sa propre personnalité.

Cette ouverture aux autres, étayée par une volonté de com­préhension et de capacité de renoncement, assurera, de façon stable et ordonnée, l’efficacité de l’acte de charité commandé par le Seigneur, qu’est la correction fraternelle (cf. Mt 18, 15). Etant donné que cette dernière peut être le fait de n’importe quel fidèle à l’égard de n’importe quel frère dans la foi, elle peut être le moyen normal pour mettre fin à de nombreuses dissensions ou pour empêcher qu’il ne s’en forme37. A son tour, elle pousse celui qu’il s’y livre à ôter la poutre de son œil (cf. Mt 7, 5), afin que l’ordre de la correction ne soit pas dénaturé38. La pratique de la correction fraternelle se résume donc en un principe de marche vers la sainteté, qui seule peut donner à la réconciliation sa plénitude ; celle-ci consiste non pas en une pla­nification opportuniste qui masquerait la pire des inimitiés39, mais dans la conversion intérieure et dans l’amour unifiant dans le Christ qui en dérive, et qui s’accomplit principalement dans le sacrement de la réconciliation, la Pénitence, grâce à laquelle les fidèles « reçoivent de la miséricorde de Dieu le pardon de l’offense qu’ils lui ont faite, et du même coup sont réconciliés avec l’Eglise que leur péché a blessée »40, pourvu que « ce sacrement de salut... pénètre dans toute leur vie comme des racines et les pousse à un service plus fervent de Dieu et de leur frères »41.

Il reste toutefois que, « dans le travail d’édification du Corps du Christ, règne également une diversité de membres et de fonctions »42, et que cette diversité provoque d’inévitables tensions. On peut en constater même chez les saints, mais « pas de celles qui suppriment la concorde, pas de celles qui tuent la charité »43. Comment empêcher qu’elles ne dégénèrent en di­visions ? C’est de cette même diversité de personnes et de fonc­tions que découle le principe sûr de la cohésion ecclésiale. De cette diversité en effet, une composante primordiale et irrempla­çable est constituée par les Pasteurs de l’Eglise, établis par le Christ ses ambassadeurs auprès des autres fidèles, et dotés dans ce but d’une autorité qui, transcendant les positions et les op­tions des individus, les unifie toutes dans l’intégrité de l’Evan­gile qui est précisément la « parole de la réconciliation » (2 Co 5, 18-20). L’autorité avec laquelle ils proclament cet Evangile est, contraignante non pas en fonction de son acceptation par les hommes, mais parce qu’elle est conférée par le Christ (cf. Mt 28, 18 ; Mc 16, 15-16 ; Ac 26, 17 ss.). Puisque, donc, qui les écoute ou les rejette écoute ou rejette le Christ et Celui qui l’a envoyé (cf. Lc 10, 16), le devoir d’obéissance des fidèles à l’au­torité des Pasteurs est une exigence ontologique de leur être chrétien lui-même.

Les Pasteurs de l’Eglise, d’autre part, forment constitutionnellement un unique corps indivis avec le successeur de Pierre et en dépendance de lui ; c’est pourquoi, de l’unanimité avec laquelle ils accomplissent leur ministère et de l’acceptation fidèle de ce ministère, dépend l’unité de foi et de communion de tous les croyants44, manifestation pour le monde de la réconciliation réalisée par Dieu dans son Eglise. Qu’elle se voie donc exaucée, l’invocation que tous adressent au Sauveur : « Assiste toujours le collège des évêques unis à notre Pape : accorde-leur les dons d’unité, de charité et de paix »45. Que les Pasteurs, de même qu’ils représentent le Christ lui-même et tiennent sa place d’une façon éminente et visible46, imitent ainsi et infusent dans le Peuple de Dieu l’amour qui l’a fait s’immoler : « Il a aimé l’Eglise et s’est livré pour elle » (Ep 5, 25). Et que cet amour renouvelé soit un exemple efficace pour les fidèles, en premier lieu pour les prêtres et les religieux qui auraient man­qué aux exigences de leur ministère et de leur vocation propres, de sorte que tous dans l’Eglise, d’un seul cœur et d’une seule âme (cf. Ac 4, 32), s’emploient de nouveau «à propager l’E­glise de la paix » (Ep 6, 15).

L’Eglise notre Mère regarde avec tristesse l’abandon de cer­tains de ses fils revêtus du sacerdoce ministériel ou, à un autre titre particulier, consacrés au service de Dieu et de leurs frères. Elle éprouve cependant soulagement et joie dans la persévé­rance généreuse de tous ceux qui sont restés fidèles à leurs en­gagements vis-à-vis du Christ et d’elle-même ; appuyée et ré­confortée par les mérites de cette multitude, elle veut même transformer la douleur qui lui a été infligée en un amour qui peut tout comprendre et qui, dans le Christ, peut tout pardonner.

 

Conclusion

 

Nous qui sommes dans l’Eglise, en tant que successeur de Pierre, non certes en raison de notre mérite personnel mais en vertu du mandat apostolique qui Nous a été transmis, le principe visible et le fondement de l’unité des Pasteurs comme de la multitude des fidèles47, Nous lançons un appel au rétablisse­ment complet du bien suprême qu’est la réconciliation avec Dieu, à l’intérieur de nous et entre nous, afin que l’Eglise soit dans le monde signe efficace d’union avec Dieu et d’unité entre toutes ses créatures.

C’est une exigence de notre foi dans l’Eglise même, « que, dans le Symbole, nous proclamons une, sainte, catholique et apostolique »48. De l’aimer, de la suivre, de l’édifier, Nous vous conjurons tous instamment par cette Exhortation, en faisant nôtres les paroles de Saint Augustin : « Aimez cette Eglise, restez dans cette Eglise, soyez cette Eglise »49.

Voilà l’invitation qu’à tous nos Fils, particulièrement ceux qui ont la responsabilité de guider leurs frères. Nous adressons par cette Exhortation. Nous l’avons voulue pastorale et pleine de confiance, dictée par un esprit de paix. Peut-être pourra-t-elle paraître sévère à certains. Mais elle résulte d’un regard profond sur la situation de l’Eglise d’une part et sur les exigen­ces imprescriptibles de l’Evangile d’autre part. Elle jaillit spé­cialement de notre cœur : Nous avons le devoir d’aimer l’Eglise en nous inspirant de l’allégorie de la vigne qui a besoin d’être émondée pour porter davantage de fruits (cf. Jn 15, 2). Cette Exhortation enfin est soutenue par une grande espérance que le lourd fardeau de notre mandat apostolique n’a jamais altérée. Nous rendons grâce à la fidélité de Dieu. Nous espérons que l’Esprit Saint suscitera un écho irrésistible à nos paroles : il est déjà présent et agissant dans le secret du cœur de chaque fidèle, capable de les conduire tous, dans l’humilité et dans la paix, sur les chemins de la vérité et de l’amour. C’est Lui notre force. Nous savons que l’immense majorité des fils de l’Eglise atten­daient un tel rappel, et sont préparés à le recevoir avec fruit. Nous souhaitons ardemment que le Peuple de Dieu tout entier se mette en route avec Nous comme dans la marche biblique, qu’il entreprenne avec Nous les étapes de sanctification du Ju­bilé, et ne fasse qu’un avec Nous, afin que le monde croie. Puisse-t-il se laisser guider par la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ, par l’amour de Dieu le Père, par la communion de l’Esprit Saint !

Nous confions ces vœux à l’intercession de la Vierge Immacu­lée, « modèle des vertus qui rayonne sur toute la communauté des élus... et, par sa participation étroite à l’histoire du salut, rassemble et reflète en elle-même d’une certaine façon les requêtes suprêmes de la foi »50. Et Nous encourageons la volonté commune de sanctification et de réconciliation, en accordant de grand cœur à tous notre Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, en la solennité de l’Im­maculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie, le 8 décembre 1974, douzième année de notre Pontificat.

 

PAULUS PP. VI

 

NOTES

 

1 Cf. AAS 65, 1973, pp. 323 s.

2 Cf. Lumen gentium, 3 : AAS 57, 1965, p. 6.

3 Gaudium et spes, 21 : AAS 58, 1966, p. 1041.

4 Cf. Bulle Apostolorum limina, 23 mai 1974 : AAS 66, 1974, p. 306.

5 st léon le grand, Serm. 26, 5 : PL 54, p. 215.

6 théodoret de gyr, Interpr. Epist. II ad Cor : PG 82, 411 A.

7 Lumen gentium, 7 : AAS 57, 1965, p. 9.

8 St. augustin, Serm 96, 7, 8 : PL 38, 588.

9 st jérôme, In Epist. ad Eph. 1, 2 : PL 26, 504.

10 st ambroise, In Lc 5, 58 : PL 15, 1737.

11 Cf. st jean chrysostome, in Mt, Homélie 16, 9 : PC 57, 250 ; st isidore de péluse, Ep 4, 111: PG 78, 1178 ; nicolas cabasilas, Explic. div. Liturg. 26, 2 : Sources chrétiennes 4 bis, p.  171.

12 st cyrille d’alexandrie, in Ep II ad Cor : PG 74, 943 D.

13 Lumen gentium, 27 : AAS 57, 1965, p. 32.

14 Cf. Lumen gentium, 11 : AAS 57,  1965, p. 15.

15 Lumen gentium, 1 : AAS 57, 1965, p. 5.

16 Lumen gentium, 4 : AAS 57,  1965, p. 7.

17 Gaudium et spes, 43 : AAS 58, 1966, p. 1064.

18 Unitatis redintegratio, 3 : AAS 57, 1965, p. 92.

19 Unitatis redintegratio, 2 : AAS 57, 1965, p. 92.

20 Lumen gentium, 8 : AAS 57, 1965, p. 11.

21 Lumen gentium, 8 : AAS 57, 1965, p. 12.

22 st jean chrysostome, in Ep ad Coloss., Homélie 3, 5 : PG 62, 324.

23 Cf. Dei Verbum, 10 : AAS 58, 1966, p. 822.

24 Lumen gentium, 23 : AAS 57, 1965, p. 29.

25 st augustin, Ep 187, 11, 34 : PL 33, 845.

26 Cf. st ephrbm de syrie, Comment. Evang. concord. 1, 18 : Sources chrétiennes, 121, p. 52.

27 Cf. Dei Verbum, 7 : AAS 58, 1966, p. 820.

28 Dei Verbum, 10 : AAS 58, 1966, p. 822.

29 Dei Verbum, 8 : AAS 58,  1966, p. 820.

30 Cf. Lumen gentium, 9 : AAS 57,  1965, p. 13.

31 tertulljen, Apologeticum XXXIX, 7 : Corpus Christianorum, Series Latina I, 1, p. 151.

32 st léon le grand, Tract. 84 bis, 2 : Corpus Christ. 138 A, p. 530.

33 st augustin, In Jo Eaang., 27, 6 : PL 35, 1618.

34 st léon le grand, Serm. 26, 3 : PL 54, 214.

35 Cf. St. maxime de turin, Serm. 37, 2 : Corpus Christ. 23, p. 145. ,

36 Lumen gentium, 13 : AAS 57, 1965, p. 17 s.

37 Cf. St. thomas, Summa theol. II-II, q. 33, a. 4 : Opera omnia, Ed. Léon., t. VIII, p. 266.

38 Cf. St. bonavenxure, In IV Sent., dist. 19, dub. 4 : Opera omnia, Ad Claras Aquas, t. IV, p. 512.

39 Cf. st jérôme, Contra Pelagian. 2, 11 : PL 23, 546.

40 Lumen gentium, 11 : AAS 57, 1965, p. 15.

41 Ordo Paenitentiae, Praenotanda, 7, Typis Polyglottis Vaticanis 1974, p. 14.

42 Lumen gentium, 7 : AAS 57, 1965, p. 10.

43 st augustin, Enarrat. in Ps 33, 19 : PL 36, 318.

44 Cf. Pastor aeternus, Prooem. : DS 3050 ; Lumen gentium, 18 : AAS 57, 1965, p. 22.

45 Liturgia Horarum, IV, Typis Polyglottis Vaticanis 1972, p. 513.

46 Cf. Lumen gentium, 21 : AAS 57, 1965, p. 25.

47 Cf. Lumen gentium, 23 : AAS 57, 1965, p. 27.

48 Lumen gentium, 8 : AAS 57, 1965, p. 11.

49 Serm. 138, 10 : PL 38, 769.

50 Lumen gentium, 65 : AAS 57, 1965, p. 64.